HISTOIRE DE FRANCE, Liv. XXIII. & 3S
L’année précédente le Roi avoit jugé à-propos de donner ]e Gouverne- Sectionment de Poitou au Marquis de Rosni, non tant pour l’avantage de ce Seigneur que pour le sien propre. Cette année Henri l’envoya prendre pof HennMv;
session de ce Gouvernement, afin de tenir les Réformés tranquilles, & —-
de contrebalancer le crédit du Duc de laTrimouille, & d’autres Seigneurs, Nouveauxqui conjointement avec le Duc de Bouillon,cherchoientàferendre redou embarras datables en affeóiant un grand zele pour leur Religion (a). M. de Rosni Ko1,réussit, & fit sentir aux Ministres les plus éclairés, que l’efprit de fac-tion ne fervoit qu’à aliener le Roi, & à donner de l'avantage aux Ca-thoîiques, qui insinuoient continuellement que les principes de la ReligionRéformée portoient aux cabales, tandis que réellement ils ne pouvoiencêtre bons Protestans, fans être bons sujets. L’Espagne conclut en ce tems-là un Traité avec l’Angleterre, mais le Roi Jaques eut soin que ce fût fanspréjudice de l'alliance défensive avec la France (b). Cependant le Roid’Ëlpagne, contre ses maximes ordinaires, voiant que la balance du com-merce avec la France n’étoit point à l’avantage de ses sujets, avoit mis undroit de trente pour cent fur toutes les marchandises de France. Henri enfut si piqué, qu’il défendit tout commerce avec l’Espagne , quoique sesaffaires ne fussent pas encore fur un fort bon pied, puisque les dettes del’Etat avoient été évaluées à trois-cens trente millions. Comme les Espa-gnols n’avoient nullement dessein d'en venir aune guerre, ils se servirent deleur ressource ordinaire d’employerla médiation du Pape; on négocia donc,le nouvel impôt fut aboli & la défense du commerce levée (c).
Les affaires domestiques du Roi donnoient cependant autant de peine Bnuilhrîesque celles de f Etat ; il avoit également à souffrir de la mauvaise humeur de domestiques.la Reine & des caprices de fa Maîtresse , deforte qu’il n’avoit pas un mo-ment de repos. La Reine le rendoit malheureux non seulement par sa ja-lousie , son humeur chagrine, & par sa froideur, mais encore par fa com-plaisance pour les Italiens qui étoient à son service; ils lui fourroient con-tinuellement de nouvelles demandes en tête, tournant tout à leur profit,
(k vendant même aux Espagnols tous les secrets qu’ils pouvoient découvrir.
Quant à Mile d’Entragues, devenu Marquise de Verneuil, elle étoit deve-nue infiniment plus insupportable; elle traitoit le Roi avec hauteur, & laReine avec mépris, elle contrefeíoit fa démarche, ses gestes, fa pronon-ciation, même devant le Roi. Quelquefois elle fefoit comparaison de sese nfans avec ceux de cette Princesse; quelquefois elle disoit que le Roi de*benoit vieux & jaloux ; d’autrefois elle prétendoit que fa conscience ne luipermettoit plus de continuer à vivre comme elle fefoit. A la fin Henri feïfc buta, prit cette insolente femme au mot, résolut de la quitter, & pourcontenter la Reine il retira la promesse de mariage qu’il lui avoit donnée,moyennant vingt mille écus en argent, & la promesse du bâton de Maré-chal pour M. d’Entragues son pere, qui n’avoit jamais vu la guerre (d).
En ce tems-là on découvrit une nouvelle conspiration, où Me de Ver- Découverteheuil & toute sa famille entroient. On en eut la premiere connoissance par d ’ ime nm ‘
00 Le même p. 213, Mczeray p. 305.(6; Mem. de Sulli 1. c . p. 319.
(c) Le même.
(d) De Thm L
Gg 2
CX XXII. Mezerayp. Z03.