HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 2 S7
monde, que ]e Duc de Bouillon avoit formé des desseins contre son Gou- sectionvernement; mais il ne vouloir pas agir, qu’il ne fût assuré des Réformés, x.
<ìuì estimoient beaucoup le Duc «Sc avoient de grandes liaisons avec lui. Le ^^■ re 1 ^ eRoi dans cette vue envoya la Marquis de Rosni à leur Assemblée générale nà Chatelleraut, où il y avoit des affaires importantes à traiter. Si l’on eilcroit Sulli, on craignoit que les Réformés ne formassent une efpece de Ré-publique, ou de corps distinct dans le Royaume, par une association entreeux, & on attribuoit ce projet au Duc de Bouillon, à Lesdiguieres, DuPleíÉs-Mornay, d’Aubigné & quelques - autres. Le Corps des Réformésn’envisageoit pas ce projet sous ce point de vue, & quand on le lui lit con-noitre, il le condamna. Les plus ardens protestoient que sl Henri étoitimmortel, ils n’auroient jamais pensé.à rien de semblable; mais que leursappréhensions pour l’avenir, «Sc le juste foin qu’ils dévoient à la fureté deleur postérité les avoient portés à l’appuier. Ce pendant fur ce qu'on leurlaissa les places de fureté pour trois ans encore, & fur les fortes assurancesqu'On leur donna des bonnes intentions du Roi, tout tourna à la satisfac-tion de ce Prince, & ce ne fut pas-là un des moindres services que leMarquis de Rosni rendit à son Maître (a).
Pendant que Henri & son Conseil étoient en suspens fur les avis Marqué ri-qu’ils avoient reçus de quelques intrigues dans le Périgord, le Querci f e . de Va '& la Guienne, la Reine Marguerite fournit toutes les lumières qu’onpouvoit souhaiter, le Roi en fut íl content,qu’il lui permit de demeu- r es fur'unerer à Paris, ce qu’elle fouhaitoit ardemment (b). Ces mouvemens, nouvelleauxquels les Espagnols avoient aussi part, & pour lesquels ils avoient conjuration,avancé quelque argent, couterent la vie à quelques Gentilshommes, &auroient été funestes à d’autres , s’ils n’avoient eu recours à la clémen-ce du Roi, à qui ils découvrirent tout & par là obtinrent leur grâce.
Henri ne laissa pas d’aller avec un Corps de Troupes dans les Provin-ces de delà la Loire, pour châtier les Rebelles & soumettre les Placesqui appartenoient au Duc de Bouillon. II fit l’un & l’autre fans peine;car le Duc aiant tiré ses principaux confidens de son Pays, ordonna auxCommandans de ses Places de les remettre au Roi à ìa premiere som-mation, «Sc en même tems il écrivit au Roi une Lettre fort soumise, oùil fesoit de si grandes protestations d’obéissance & de fidélité, que le Roine savoit qu’en penser (c). Dans ce voyage, le Roi passa pas fort loinde la Rochelle, qui ìuí envoya des Députés pour le complimenter. LeMarquis de Rosni les amena à l’audience du Roi, ils présenteront à cePrince les clefs de leur ville, & dirent qu’ils venoient supplier sa Majestéde ne pas passer fi près de cette Place fans leur faire l’honneur d’y entrer,que quoiqu’elle fût à la tête d’une Armée Catholique, elle n’y seroit pasreçue avec moins de respect & de soumission, que Jorsqu’elle y venoit au-trefois à la tête des Troupes de la Religion; & que si leurs portesn’étoient pas asstz grandes, ils abattroient trois-cens brasses de murail-les. Le Roi fut ravi de ce compliment imprévu, embrassa les Députés,
(a) Mem. de Sulli T. VI. p. Ii6. (c) Sulli 1 . c. p. 150, 151.
(b) Daniel p. 441 , 442 .
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