242 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. ’
Section & ] a Postérité ont rendu justice à la conduite du Roi à cet égard; <L, x ; il faut avouer à son honneur, que comme jamais Prince.n’eut des vuesplus justes que lui en des choses de ce genre, il n’y^ en a eu gueresjui ayent suivi leur projet avec plus de persévérance & de succès, par-cequ’il ne plaignoit pas la dépense; car bien qu’il aimât l’argent, & qu’áquelques égards il fût fort ménager, il avoit de fort justes idées furdes objets de cette nature. II savoir, que les gens ne quitteroient pasleur Patrie, fans l’espérance d’un grand gain; & q u'a près en être sor-tis, ils seroient portés à y retourner, à moins qu’on ne les arrêtât pardes gratifications. Le Duc d’Ëpernon obtint la permission d’entrer encaroffe dans la cour du Louvre fous prétexte d’incommodité, & quandle Roi vit quel honneur on attachoit à cette permission , il raccordaaussi au Duc de Sulli (a). Les Princes du Sang avoient auparavantseuls ce privilège; dans la fuite on l’accorda à tous les Ducs 2 c Pairs &Officiers de la Couronne.
Traité avec La grande affaire qui étoit alors fur le tapis étole la négociation en
les Etats Hollande, qui intéressoit non seulement les Parties mêmes, mais la1608.*’ France, f Angleterre, & jusqu'à un certain point toute l’Europe. Tousles Etats & leurs Historiens sont naturellement portés à justifier leurpropre conduite aux dépens de tout le monde, de là vient que les Re-lations que les François, les Anglois & les Hollandois onc données decette affaire, font très - différentes. Ici il convient de suivre les récitsdes François. Ils disent, que le Roi & ses Ministres étoient d’abordfort contraires à la paix, mais voianc que Barnevelt & ses amis la vou-loient, ils jugèrent qu’ii seroit avantageux pour eux d’en être les Mé-diateurs conjointement avec le Roi de la Grande Bretagne. Les Mi-nistres de la part de la France étoient le Président Jeannin & M. deBuzenval, le premier ún des meilleurs Négociateurs de France, & lesecond très-habile homme. Mais les Etats croiant qu’il étoit absolumentnécessaire de convaincre les Espagnols, qu’ils n’avoient ni lassé ni désobligéleurs Alliés, fouhaitoient fort de faire une nouvelle Ligue défensive avecla France & l’Angleterre, afin qu’il parut qu’ils avoient de l’appui, en casque la Négociation fe rompit, ou que l’Ëfpagne n’observât pas le Traité,íì on venoit à le conclure. Cette affaire traîna en longueur, mais au com-mencement de 1608 le Roi d’Angleterre n’étant pas encore prêt, le Traitéde Ligue défensive fut conclu entre la France & les Etats Généraux, d’u-ne façon qui convenoit parfaitement aux intérêts des Parties contractantes ;car quoique la puissance de l’Efpagne fût fort affaiblie, Philippe III. n'aiantni la capacité ni supplication de son pere, cependant tant qu’il restoicquelques uns des Généraux & des Ministres de la vieille Cour,l’Efpagneétoit encore redoutable. Henri fit donc très - sagement de conserver tou-jours les terres des Etats pour fa barrière, & de les attacher à ses intérêtspar cette complaisance. Cela étoit d’autant plus nécessaire , que leurMarine devenoit tous les jours plus puissante, & que la France n’en avoitpresque'point, bien que Sulli en connût bien toute l’importance ; mai*
(a) Mein. de Sulli T. VII. p. igs.