244 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Section a mesure que Henri vieillissent, il devenoit soupçonneux , & e'toítx ; plus craintif lorsque ses affaires étoient fur un bon pied, que <J^ns le
HemiW . £erns fiu'il étoit environné d’ennemis au dehors, & au milieu des Fac-' rions au dedans. II nourrissait des doutes fur la fidélité du Duc de SuliiGrandes of- même, non tant pour le tems de fa vie, que pour la fuite. Pour s’at-fres qu'ìl _ tacher davantage cet illustre Seigneur, il lui offrit une de fes filles na-fmt à Sulh tutelles pour son fils le Marquis de Rofni, avec une dot considérablequi rsre/u ^ ^LUX des meilleurs Gouvernemens, & l’épée de Connétable joour lui-' ' même, après la mort du vieux Connétable de Montmorenci, à condi-
tion néanmoins que lui & son fils fe feroient Catholiques. Sulli le re-mercia très - humblement, & quand foccasion fe préfentoit, il prévenoít le Roifur les calomnies qu’on lui insinuoit fans cesse contre les Réformés; tantôtil l’empêchoit de fe mettre en marche avec des Troupes pour arrêter desfoulevemens imaginaires; tantôt il lui fournissoit le moyen de contenter lesProtestans par de legeres faveurs («). Ce fut dans cette vue que Sulli assistaà l’Assemblée qui fe tint cette année à Gergeau ; tout s’y passa tran-quillement & à la satisfaction du Roi, quoiqu’il y eut des têtes chau-des , qui étoient disposées à faire passer des demandes, qui auroient pucauser bien du trouble (b).
Henri re- Ce qu’il y a de certain, c’est que les ombrages que Henri prenoit desjette les of- p ro t e stans, quoique mal-fondés, empêchèrent ce Prince, bailleurs si pé-: Massues àrant, de porter un coup mortel à l’Efpagne & de rendre son Royaumequ’on chas’- plus florissant qu’aucun de ceux de l’Europe. II y avoit environ trois ansfa d’EJpa- que les Morifques, qui gémissaient sous la tirannie Espagnole , A qui ap-préhendoient de plus grands maux, avoient imploré le secours du Roi,& lui avoient offert de fe soulever, s’il vouloir les assurer d’une Armée devingt mille hommes. Là-dessus on avoit envoyé un Capitaine Gascon &Huguenot, nommé Panmssaut, pour s’instruire fur les lieux de l’état deschoses. II les trouva disposés à accepter routes les conditions que leRoi voudroit leur prescrire ; & bien que ce fussent de très - mauvais Chré-tiens par la haine qu’ils portoient aux Prêtres, Pannissaut vit jour à en fai-re de bons Protestans ; pareeque leur éloignement pour la Religion Chré-tienne n’étoit au fond, qu’une aversion pour l’idolatrie & la superstition.Ce rapport déplut à Henri ou au moins á fes Ministres, on rappellaPannissaut, & on envoya - le Capitaine la Claverie, Gascon Catholique,.pour prendre des informations; & fur son rapport le Roi remercia lesMorifques de leurs offres, refusa absolument de les soutenir en Espa-gne, & de leur donner aucun établissement dans son Royaume. LesAuteurs François les plus dépréoccupés ( c ) avouent que ce fut utie grandefaute contre la faine Politique, & conviennent que si l’on avoit permis à cesgens - là de s’étabìir dans les Landes de Bourdeaux, une Colonie de six-cens mille personnes .industrieuses, auroit autant augmenté fa puissmee,que celle d’Efpagne s’affoiblissoit en s’en privant. Cette année idotf futappellée en France Tannée du grand Hiver, dont les suites fe firent rude-
gne *
(a) Mera. de Sulli T. VIL p, 69.(S) Le même, p. 74, 75 -
(r) Sulli I. c. p. 130 fi íuiv. Essai Polit-fur le Commerce.