Sgctïox
X
ItHfoire deHenri IV.
Chagrinsdu Roi.
246 HISTOIRE DE FRANCE Lrv. XXIII.
conclure presque contre le sentiment des deux Parties (a). Maurice Princed’Orange , qui avoit de grands talens, temporisa tant qu’il crut que la né-gociation ne réussirait point ; mais aussitôt qu’il s’apperçut qu'elle étoit furle point de se terminer, il s’y opposa vivement, & il fit paraître tant defeu qu’il désobligea le Roi de France & celui d’Angleterre, sans pourtantemporter ce qu’il vouloit. Dans le fond la treve fut conclue à des condi-tions que les Archiducs furent charmés d’accepter, qui étoient très-avan-tageuses aux Etats ; parceque leur souveraineté étoit expressément recon-nue ; fort honorables pour les Ministres de France, surtout pour le Pré-sident Jeannin, & très-agréables à la Cour d’Angleterre, parcequ’elle seiîatoit d’être payée au moins en partie des grosses sommes que les Etats luidévoient (b). S’il nous est permis de pénétrer dans les secrets des Rois,il semble que Henri, qui médirait le dessein d’attaquer la Maison d’Autri-che, souhaita d’abord que les Etats continuassent la guerre, jusqu’à ce qu’ilfût prêt à agir ; mais voiant qu’il ne pouvoit réussir fans décourvrir sesprojets aux Etats, à quoi il n’étoit pas disposé, il entra dans leurs vues,dans le dessein de les faire servir aux siennes & d’abord de persuader auxEspagnols, qu’il ne pensait point à la guerre, & ensuite de les engager parla conclusion de la treve à désarmer dans les Pays-Bas. Mais quelques bienconcertées que fussent ses mesures , il ne parvint pas à son but , ainsique nous le verrons plus bas, tant par des accidens qu’il ne pouvoit pré-voir, que parcequ’il se laissa guider par ses passions.
Le Roi íbuhaitoit ardemment de jouir de la paix domestique, tandisque fa maniéré de vivre y mettoit un obstacle presque insurmontable ;cette envie d’avoir la paix chez lui l’avoit engagé en plus d’une occa-sion de faire & de souffrir des choies, qui ne convenoient ni à un hom-me de bon sens, ni à fa dignité en qualité de Roi, tandis que ce n’é-toient que des pailliatifs, qui après un calme de quelques jours, cau-soient des tempêtes d’une bien plus longue durée ; tempêtes qui s’éle-voient de tous côtés, qui touchoient ses sujets comme lui-même, & qu’iln’étoit pas en son pouvoir d’appaifer (c). II y avoit dans son Conseilun Parti Catholique, composé de gens habiles & actifs, qui ne pouvoientsouffrir que les Protestans jouissent de l’exercice public de leur Religion,& la grande confiance que le Roi avoit en Suili. Ils avoient insinué àla Reine, qui comme tous les italiens étoit fort bigote, qu’il n’y avoirde fureté pour elle & pour ses enfans à moins qu’elle ne se mît à latête des Catholiques & qu’elle n’engageât le Roi à changer de systè-me , en s’unissant étroitement avec Rome & l’Eípagne. II se peut quela Reine sut plus portée à entrer dans ces idées , par la connoissancequ’elle avoit des intrigues de la Marquise de Vtrneuil avec la Cour deMadrid', & par l’envie d’engager le Roi Catholique à ne plus protégercette Dame & ses enfans, comme aussi d’unir les intérêts de cette Couravec les siens. Quels' que fussent ses motifs, il est certain que la Reine
(a) Daniel , Meseray , Winwood T. II.Mein. d’Auberi du Maurier.
(Z>) Mem. pour servir à l’Hiít. de Fran-
ce , Wmvooi I. c. Mein. de Suili.
U) Mem de Suili, pajsun. Mem. p° uïservir à l’íìist. de France T. 11.