Buch 
31 (1769) La suite de l'histoire de France depuis le règne de Louis XII jusqu'au tems présent
Seite
250
JPEG-Download
 

2 5 o HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.

Section quelque singulier qu’il puisse paroitre à un Politique spéculatif, ne laisse pasX d’être non feulement curieux mais utile.

Histoire de à milieu de ces négociations & de ces préparatifs, il arriva une choseHenri lV. ^ì f e j on i e s apparences contribua à faire agir le Roi avec plus de vivacité,La retraite & que la plupart des Historiens ont regardée comme la cause de ses erure-du Prince prises, par le bruit qu’elle fit. La passion de Henri pour la Princesse dede Condé £ on dé, à laquelle il fe livra avec tout le feu & toute l’indifcretion d’unr y anime. j eun e homme, avoit tout-à-fait changé la face des affaires à la Cour. LaReine & la Marquise de Vernueil, qui au Printems étoient plus brouil-lées que jamais, étant également irritées,commencerent à fe haïr moins,ou au moins parurent avoir moins d’averíion l’une pour l’autre, & réu-nirent leurs efforts pour arrêter les progrès de la nouvelle passion du Roi(«). Le Prince de Condé dont la jalousie alloic au plus haut point, allaen Picardie dans l'Automne, pour avoir un prétexte de tirer la Princessede la Cour; il la laissa à Breteuil ; ■ le Roi alla déguisé lui rendre visite, &un accident aiant rendu sa passion publique, elle devint le sujet ordinairedes entretiens de la Cour. Le Prince étant revenu peu après , on lui sicentendre que pour faire cesser les bruits injurieux qui couraient, on s’atten-doit qu’il ramènerait la Princesse à la Cour. II feignit de prêter l'o-reiile aux raisons qu’on lui allégua; mais aiant pris les mesures, il partie

(a) Journal de Henri IV. Le Grain.

seníìon & de la guerre dans la fuite. C’étoit en conséquence de cette réunion si elleavoir jamais eu lieu, que les prodigieux annemens par mer & par terre, dont il elìparlé dans le texte, se fesoient. Des Politiques plus protònds ont regardé ce pro'eccomme une belle vision, que le Roi avoir conçue, pour faire goûter son véritable &unique dessein d’abaisser la Maison d’Autriche, en unissant tous les Princes de l’Europe,& toutes les Religions qui retiennent les fondemens du Chiítianisme, qu’il croioit pou-voir réduire à trois principales. Le Duc de Savoye , bien que le plus grand Politiquede son tems, fut enchanté de ce beau phantôme, ce qui lui couta cher après la mort duRoi, aiant été laissé à la merci des Espagnols. On peut néanmoins sûrement concluredu tout, que Henri persistoit dans ses premiers sentiment, & qu’il penfoit qu’il n’y avoirni paix ni fureté pour lui, tant que la Maison d’Autriche seroít en état de lui nuire. Cefut-lá ce qui lui donna une aversion décidée pour le double mariage, que la Reine 6cquelques-uns de son Conseil souhaitoient si sort; au lieu qu’ii avoir dessein de marierle Dauphin à l’héritiere de .la Lorraine, à de donner sa fille au Prince de Piémont.Hous ne pouvons mieux finir ce détail, qu’en rapportant ce qu’on a nommé par proverbeles dix souhaits de Henri IV (x). II demandait à Dieu dix choses, i. La grâce & lesbiens spirituels, i. De conserver jusqu’à la mort l’usage de toutes les facultés de' son es-prit & de tous les membres de (on corps. Z De voir la Religion Réformée dans une si-tuation fixe & tranquille. 4. D’être délivré de fa femme (la premiere) & d’en retrou-ver une selon son humeur, qui lui donnât des Princes, qu’il eût le teins d'élever 6c d’in-ilruire lui-même. 5 De rendre à la France son ancienne splendeur. 6 ■ De conquérir furl’íispagne soîtla.Navarre, soit la Flandre &1’Artois. 7. De gagner unebatai.'le en personnecontre le Roi d’Êspagne,& une autre contre !e Giand Seigneur L. De faire rentrer dans sondevoir, fans être obligé-d’avoír recours à des remedes violens la Faítlon Huguenote,qui avoir pour Chefs, l es Duc de Bouillon & de la Trimouille 9. De voir ces deuxhommes & le Duc d’Iìpernon réduits à implorer fa clémence. 10. Enfin de pouvoir ac-complir ses grands desseins; mais il 11e s'expliquoit pas fur ce dernier.

(t) Les mimes T. VUI. p- 10, n.