HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 251
sous pre'texte de l’aller chercher, l’alla prendre, & la mena le dernier de SectionN ovembre à Landreci fur les terres de l’Archiduc. Le Roi en fut fi trans- x.porté qu’il dépêcha M. de Prallin, Capitaine des Gardes, à F Archiduc
pour le menacer de la guerre,s’il ne lui remettoit le Prince entre les mains.-d
Cela fit balancer l’Archiduc à lui accorder fa protection , & il ne l’auroitvraisemblablement pas reçu, fans le Marquis de SpinoIa,qui avoit le secretde la Cour d’Espagne , ce Seigneur détermina l’Archiduc â recevoir lePrince (a). Le Roi envoya alors le Marquis de Cœuvres, qui étoit aimédu Prince, pour tâcher de le ramener, & s’il ne pouvoit y réussir d’enle-ver la Princesse. Le projet de cet enlèvement étoit si bien concerté, quele Roi en croioit le succès infaillible. On prétendoit que c’étoit fur lesinstances du Connétable, pere de la Princesse, qui vouloit qu’elle fût re-mise entre les mains de la Duchesse d’Angoulême qui l’avoit élevée. LeRoi comptant l’afFaire Jure en eut tant de joie, qu’il ne put la cacher, ëcqu’il en fit confidence à la Reine, qui relevoit de couche, aiant donné le .jour à Henriette-Marie, depuis femme de Charles I. Roi d’Angleterre.
La Reine parut recevoir agréablement cette nouvelle, & elle étoit certai-nement charmée de la savoir, car elle en fit aussitôt part à Ubaldini Noncedu Pape, & le conjura de dépêcher fur le champ un Courier au Mar-quis de Spinola. Le Courier arriva à Bruxelles avant midi, le jour mêmeque le soir on devoir enlever la Princesse ; l’expédient dont on fe ser-vit pour prévenir le coup, fut que l’Archiduchesse l’envoya prendre pourloger dans le Palais (/;). Le Roi eut beaucoup de chagrin de cette affaire,
& comme ses préparatifs de guerre fe poussoient fort vivement, pendanttoutes ces intrigues, il n’est pas surprenant qu’en ce tems-là tout le monde& le peuple en particulier ait attribué à la passion du Roi une guerre, donton ignoroit les motifs, & qu’après fa mort ceux qui étoienc assez_ habilespour en démêler les vrais motifs, ayenc néanmoins favorisé l’opinion pu-blique. Parmi tous ces mouvemens, qui attiroient les yeux de l’Europeentiere fur la Cour de France, finit Tannée 1609.
La nouvelle année dévoila la grandeur du projet du Roi, & les moyens Alliancesqu’il avoit de l’exécuter; il avoit une Armée de quarante mille hommes, du Roi avecpresque toute de vieilles Troupes, outre six mille Suisses, qui dévoient le ^ulíTmicesjoindre fur la frontière, & quatre mille Gentilshommes, qui dévoient le ^suivre à TArmée , qui devoit s’assembler à Châlons vers la mi-Mai (c).
Les négociations pour former une Ligne générale furent conduites avectant de secret, que le Public n’en fut instruit, qu’en en apprenant la conclu-sion (d). M. de Lefdiguieres traita avec le Duc de Savoye; il lui pro-posa la conquête du Milanés, en abandonnant la Savoye au Roi, & le Ducentra dans les vues de Henri (e). Les Princes d’Allemagne tinrent uneAssemblée en dépit de TEmpereur, dans laquelle ils approuvèrent la propo-sition du Roi de rétablir la liberté dans TEmpire (/). Le Ministre de France
(a) Mem, de Eaíïòmpierre T. I, p. 227- (d) Winwtod’s Memorials T. III. p 120.
23'. Kdit de la Haye 1692 in 12. (e) Mem. de Sulli I. c. p. 355. Daniel
y) 'P, ani f l . '■ c. p. 520, 521. p. 527.
i c j Matthieu, Mezeray. if) Mem. de Sulli, Mezeray.
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