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31 (1769) La suite de l'histoire de France depuis le règne de Louis XII jusqu'au tems présent
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HISTOIRE DE FRANCE Liv. XXIII. 253Mais rien n’égaloit l’agitation & la frayeur du Roi, après qu’ii eut donné Sectionses ordres pour contenter la Reine «ct que le jour du Sacre fut fixé. Si x.nous en croionsle Duc de Sulii l’idée de cette cérémonie troubloit davanta- jj

ge le Roi que tout ce qui lui étoit jamais arrivé en fa vie. II en vint mê- ___J

nae jufqu’à dire, que ce sacre feroit cause de sa mort & qu’il ne fortiroitjamais de Paris, où il se croioit moins en fureté qu’à la tête de son Armée.Cependant i! ne put jamais se résoudre à révoquer les ordres qu’il avoitdonnés, ni à ne prendre aucune part à cette vaine cérémonie qu’il redou-toic si fort (a). On prétend que fa frayeur venoit des bruits qui couroientde conspirations formées contre fa personne, «ct cela étoit d’autant plus vrai-semblable, qu’on en avoit tramé déja plusieurs , & un célébré Historien{b) assure, qu’on écrivoit de, tous côtés la mort du Roi. Nous ne parle-rons point de ces bruits, «ct de divers prognostics, dont plusieurs ontpeut-être été inventés après la mort tragique du Roi, ils font le sujet d’unv olume (c)- Mais à l’égard des frayeurs de Henri «ct des bruits publics, cefont des faits qu’on ne peut contester, & qu’il a fallu par cette raison rap-porter, bien que l’on ne puisse en rendre de raison. Ce que le Duc deSulli rapporte paroit plus inexplicable encore , c’est que le Roi lui dit,qu’on lui avoit prédit, „ Qu’il devoit être tué à la premiere magnificence„ qu’il feroit, & qu’il mourroit dans un carosse”, Que c’étoit cette idéequi lui infpiroit tant d'horreur pour ce maudit Sacre, c’est ainsi qu’il,parloir.

La réponse de Sulli semble néanmoins l’expliquer jusques à un certain point;

Sire , dit - il, je me suis plusieurs fois étonné en vous entendant crier dans uncarosse . de vous voir fi sensible à un fi petit danger , après vous avoir, vu plu -sieurs fois intrépide au milieu des plus grands périls (d). Cela fait voir que laprédiction , quelle qu’elle fût n’avoit proprement pas trait à aucune céré-monie publique, mais regardoit simplement un carosse. Le Roi lui - me-nte en avoit déja fait deux fois l'application en ce sens; une fois à un grandrisque qu’il courut en allant voir la Duchesse de Beauforc, <& la secondelorsqu’il fut en danger de se noyer, quand son carosse tomba dans la riviè-re à Neuiili. ' Ce fut donc la répugnance qu’il avoit pour le Sacre de laReine qui lui dicta cette nouvelle prédiction , «ct qui associa l’idée dudanger d’assster à cette cérémonie, avec les frayeurs qu’il avoit ordinaire-ment en carosse; «ct néanmoins la prédiction ne fut pas exactement accom-plie ; car s’il fut tué en carosse , ce ne fut pas dans la- cérémonie ,ni en rien qui eut du rapport au Sacre. Ses frayeurs étoient doncinfuses, «ct ne servirent qu’à lui causer du trouble, sans le porter àrien faire pour fa conservation.

Quoique le Duc de Sulli eût donné ordre d’interrompre les prépara- Couronne-sifs du couronnement, l’obstination de la Reine l’emporta, & le 12 de ment rie laMai on proclama que le lendemain Jeudi treizième, la Reine feroitcouronnée publiquement à Saint-Denis, la cérémonie se fit avec beau-coup de magnificence par le Cardinal de Joyeuse ; «ct la Reine parut

(a) Mem. de Sulli I. c. p 381 & suiv. sc) Matthieu Histoire de la mort déplo-

(b) Mtzeray x. VI. p. Z8r. radie de Henri IV.

(«0 Mem. de Sulli ubi sup. p. z84>