HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 265
Il s’en falloit de beaucoup que le double mariage fût goûté générale- Sectioi*ment en France non plus que dans les Pays étrangers. Dans l’Automne xi.le Prince de Condé & le Comte de Soissons partirent de la Cour (u), & Louis xi/fpublièrent les raisons de leur retraite, qui étoient fortes ; ils difoient, qu’on jusqu'à i a 'o’ailembloit le Conseil que pour la forme, & que les Princes n’étoient con mort dufuites que par maniéré d’acquic; que la Reine écoutoît des Etrangers, qui Maréchalignoroient les véritables intérêts de la France & ne s’en embarraíToient d Ancre _point; que les Trésors amassés par le feu Roi avoient été dissipés fans ]] p r ; nc efruit; que les Gouvernemens avoient été donnés à des gens fans mérite & de Condépresque inconnus, pendant que les anciens & fideles Serviteurs de la le Comte dtCouronne étoient restés fans récompense. Ces plaintes étoient fondées. Soissonsmais les Princes oublioient, qu’ils étoient eux-mêmes en grande parts w ittent iâauteurs de ces maux, & qu’ils étoient par conséquent moins en droit de Uur 's’en plaindre (b). Áu fond ces plaintes, quoique fondées, n’étoient quepour jetter de la poudre aux yeux, & nullement pour obtenir la réformedes abus, au contraire ils vouloient s’en servir pour augmenter le mal, enobtenant de nouvelles grâces & des gratifications pour eux-mêmes, ainsiqu’il parut par la promptitude avec laquelle ils s’accommoderent ensuite.
Le Marquis d’Ancre, qui avoit gouverné jusques - là, en se ménageant entreles Princes & les Ministres, bien qu’il fût lié secrètement avec les derniers,changea alors de système, & commença à flater les Princes, qui fur lesespérances qu’il leur donna revinrent à la Cour, quoique pas tout-à-faitcontens. Mais le Comte de Soissons étant mort en fa maison de Blandi,cela facilita les choses au Favori, qui commença alors à fe tourner du côtédu Prince de Condé. Ce ne furent pas là les seuls troubles qú’il y eut cetteannée, les divisions parmi les Protestans en occasionnèrent d’autres (c).
Si nous voulons parier impartialement, nous devons avouer, que parmi Divisionsles Réformés mêmes , les motifs politiques avoient plus d’influence que lesceux de religion, & que les intérêts particuliers l’emportoient souvent fur Rê f omi!s °l’intérêt général. Ils avoient en cetems-là à leur tête quelques-uns desplus grands hommes de France , & peut-être de toute l'Europe , telsétoient les Ducs de Bouillon & de la Trimouille , le Maréchal de Lesdi-guìeres, les Ducs de Sulli 8 c de Rohan& M. du Pîeffis Mornay (d). Maisils étoient fort divisés entre eux, ce qui les rendort très - incommodes à laCour, & leur étoit préjudiciable à eux-mêmes. Le Duc de Rohan, quiétoit fort vif, se saisit sous un prétexte spécieux de la ville de Saint - Jean-d’Angeli, ce que quelques -uns ont regardé comme le premier acte d’hos-tilité fous ce régné, bien que ce ne fût pas vraisemblablement Je dessein duDuc ; Tassasse s’accommoda ensuite. Mais le Maréchal Duc de Bouillon,stui tenoit le parti de la Cour, leur fesoit espérer un mariage avec l’Angle-terre, jusqu’à la mort du Prince' Henri, & ensuite avec Charles nouveauPrince de Galles. Ce Seigneur donna à !a Reine <Sc à ses Ministres de
(a) Mein. de la Régence, Mein. de Ra- (c) Vie de du Pleffis, Mornay, Ment.
"â de la Régence.
(&) Du Pieíx Hist. de Louis XIII. Le ( d ) Meni. de Roban, Vie de duPleíîîs-
Cérain- Moinay, [VinwtoiT . III,
Tome XXXI . LI