ZI2 HISTOIRE -DE FRANCE.. Liv. XXIII.
Section En attendant le Cardinal agissoit avec cette vigueur & cette prudence 1xii. qui ont caractérisé son Ministère. II envoya sous le commandement duSuite du J3 ac d’Angoulême un petit corps de Cavalerie avec trois mille hommesLouisXllt. de pied dans le voisinage du Fort Louis. D’abord il fit croire aux Ro-jujqu'à sa chelois que ces Troupes n’étoient pas destinées contre eux, mais à gar-mort. der les côtes contre les Anglois, ce qui fit que les premiers furent moinsen garde. Peu après il fit marquer dans les villages aux environs de laRochelle des quartiers pour vingt cinq mille hommes; les Rochelois enaiant donné avis aux Anglois, cela les empêcha d’attaquer le Fort Louis;qu’ils auroient pu emporter en un jour. Pour hâter les préparatifs, & pour qu’ilne manquât rien, le Cardinal fit des avançes de fa propre bourse, &vendit fa vaisselle A ses pierreries (a). Quelques-uns disent que celan’étoit pas nécessaire, tous conviennent qu’il fit la chose finement , &que ce fut par fes ordres qu’on envoya deux convois au Fort de SaintMartin. Le Duc de Rohan, qui remplit fes engagemens en prenant lesarmes, eut à surmonter des difficultés incroyables, & essuya une infinitéde contre tems; d’un côté le Parlement le déclara Criminel de Leze-Maje-sté, & de l’autre il fut désavoué de la plupart des Proteílans, par timidité,par des vues d’intérêt particulier, ou parcequ’ils étoient gagnés (b). Aumois d’Octobre le Roi arriva au Camp devant la Rochelle, étant accom-pagné de son frere, du Comte de Soissons, des Ducs de Guise, d’An-gouiême & de Nemours, des Maréchaux deSchomberg, de Bassompiere<& d’Etrées, des Ducs de la Trimouille, de Bellegarde, de Crequi, deChevreufe, deMontbafon, de Retz & de la Rochefoucault, avec l’élitede la Noblesse de France (c). Le 6 de Novembre le Duc de Buckingham,aiant reçu un renfort d’Angleterre, fit donner un assaut général au Fort deSaint-Martin, & fut repoussé avec une perte considérable (d). Deux joursaprès le Maréchal de Schomberg débarqua avec un corps de Troupes, dontle nombre surpassait celui des Anglois, desorte que le Duc de Buckinghamsouffrit beaucoup dans ía retraite, malgré la valeur de fes gens. Enfins’étant rembarqué, il mit à la voile le 17 du mois, fans avoir rien fait, quirépondit à la grandeur de fes titres & à la réputation de fes compatriotes(í). Malgré la rigueur de la saison, & toutes les intrigues des ennemis deRichelieu, l’Armée Royale demeura devant la Rochelle, & Je Ministre eutassez de pouvoir fur son Maître, pour l’y retenir aussi, bien qu’i! ne- fûtque relevé d’une maladie dangereuse, & d’une constitution délicate, quipouvoit être facilement dérangée par trop d’applicadon & d’exercice.Etat de la On dit, que le Cardinal de Richelieu avoit médité le siégé de la RochelleRochelle, depuis dix ans, mais il est au moins aussi certain qu’il auroit pu y penserquanj encore dix , ans, si son bonheur ne lui avoit fourni l’occasion favorable, où sil'a/sìevea ^ es défiances hors de saison, & en même tems une confiance mal-fondéeajjiegea. £ant; à Rochelois que du Duc de Bukingham, n’avoient ruiné les affaires
des
(a) Bernard Hist. de Louis XIII- Rush-worth I. c.
(b) Mem. de Rohan L. ly. Mem. deBaliompiere T. II.
(c) Daniel Journ. Hist. p m. 33.
(d) Le même p. 34. Griffet feus l'rv1627-
(c) Ruslnmth ubi sup.