HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 3r9
Le Duc de Savoye avoit été forcé de faire le Traité de Suse & d’accor- Sec tiouder passage aux Troupes de France ; lors donc qu’il vit ie Roi embarqué ^ Xii.dans la guerre contre les Huguenots, il se persuada, qu’il y auroit assez de re ™* ‘J“tems pour dépouiller le Duc de Mantoue, avant que les Troupes Fran- Louìsxiil,goifes pussent passer les Alpes. Dans cette supposition, il recommença la Mqu'à /« *guerre conjointement avec l’Empereur & le Roi d'Espagne, & Spinola mûrUmit le fiege devant Casai (a). Dans cette conjoncture, il n’y avoit d’autre Lf Carduremede, que celui dont on s’étoit déja servi, qui étoit d’envoyer une na i repas }«Armée au delà des Monts, le plus promptement qu’il seroit possible, ks Monts.La nécessité des affaires étoit si pressante, que le Roi déclara par LettresPatentes le Cardinal son Principal Ministre ( b). II y avoit longtems qu’ill’étoit en effet, mais comme il sembloit que c’étoit sa qualité de Cardinalqui lui donnoit la prééminence, le Roi jugea à-propos de rattacher à sapersonne, & de le qualifier dans les Lettres Patentes, non Premier Mi-nistre , ce qui auroit pu se rapporter à la préséance, mais Principal Mi-nistre pour désigner que le Cardinal avoit fa confiance. Comme il futrésolu qu’il commanderoit l’Armée, Louis le nomma peu après Lieutenant-Général représentant la personne du Roi, avec le pouvoir de recevoir &d’écouter les Ambassadeurs, d’en envoyer, & de conclure comme st leRoi même étoit présent, & donnoit son consentement (c). Les Maré-chaux de Crequi, de la Force, de Bassompiere & de Schomberg dévoientservir sous lui, pour le distinguer d’eux & de tous les autres Généraux, oninventa le nouveau titre de Généralissime ; ce fut par la même raison quele Pape Urbain VIII. donna par un Bref le titre d’Eminence aux Cardi-naux, qu’on ne qualisioit auparavant que de très-illustres. Revêtu ainsid’une autorité plus étendue, & honoré de titres plus relevés qu’aucun su-jet n’en avoit jamais eus, Richelieu se rendit à Lyon, rejetta quelquespropositions qu on lui fit, & même refusa une entrevue avec le Prince dePiémont. II continua sa marche malgré la rigueur de la saison, & ar-riva au mois de Fevrier à Suse, avec vingt-trois mille hommes de pied& trois mille chevaux (d). II somma le Duc de Savoye d’exécuter leTraité de Suse, c’est-à-dire d’accorder le passage libre à l’Armée, delui fournir des vivres ik de joindre un Corps de ses Troupes à cellesdu Roi, pour secourir le Duc de Mantoue. Le Duc de Savoye prit malses mesures, il chercha à amuser le Cardinal, lequel de son côté sut surle point de í’enlever à Rivoli, d’où il fut bien aise de se retirer promp-tement à Turin. Richelieu ne l’y laissa pas longtems en repos; il fit avan-cer l’Artillerie de ce côté -là, à marcha avec l’Armée vers cette ville.
Aiant obligé par là le Duc à prendre des précautions contre un siégé, ilinvestit brusquement ['importante Forteresse de Pignerol, s’en rendit maî-tre en deux jours, aussi bien que du Château , & par là s’ouvrit le passagetout droit de Dauphine en Italie (s). Cette grande conquête fit cette an-
O) Daniel Jòurn. Hist p. 38. (d) Le même; '
(K) Recueil de Pieces pour servir à l'Hist. (e) Mein. de Brienne T. IL Mein. des-
de Louis XIII. T. Ií. p. 530. principales Actions du Maréchal du. PlelE*
(?} dc Richelieu tibi sup. p. 476. p. 2.