HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. îí9
là haine d’aucun des Partis se rallentit. Le Coadjuteur assure qu’il ne vou- Sectionlut pas être compris dans l’Amnistie. Le Cardinal Mazarin prétendit qu’il Xíil.y étoit compris, non à la vérité nommément, mais en termes généraux.
Le premier prétendoit faire parade de courage, & l’autre avoit dessein de jusqu* i a ‘marquer du mépris. _ _ Paix cks
Au commencement de farinée ,fiy avoit en Allemagne une Armée, mais Pyrénées.point de guerre. Le Maréchal de Turenne la commandoit ; elle n’étoit à " 7T“
la vérité gueres que de sept ou huit mille hommes,mais dans une situationsingulière,. Ces Troupes étoiènt aussi bonnes qu’aucunes qu’il y eût en Eu- tm.rope, mais c’étoit un assemblage de Suédois, de Suisses, d’Allemands &de Flamands comme de François, mal payés, & prêts à se donner à quel-que Puissance que ce fût, quijeur donneroit de l'argent. Le Maréchaliui-même, que le Luc de Bouillon son frere sollicitoic depuis longtems,voyoit que les circonstances étoient favorables, croyoit avoir sujet de seplaindre, & souhaittoit de soutenir les intérêts de fa Maison, déserté qu’ilcommença à intriguer avec les Officiers & les Soldats dans l’espérance deles gagner en faveur du Parlement, afin de les faire servir à ses vues ouplutôt à fa passion ; car il se peut fort bien que le reste ne fut que le pré-texte , & son attachement pour Me. de Longueville le vrai motif de sonmanque de fidélité. Voilà ce qui prouve, combien il importe à un Etat,que la Religion & les Mœurs soient respectées par les personnes du pre-mier rang ; car il semble qu’on ne peut gueres douter que de quelque ma-niéré qu’on les veuille colorer, les troubles de la France, qui couterentla vie à tant de personnes, ruinèrent la fortune de tant d’autres, &anéantirent les privilèges de toute la Nation, tirèrent leur origine de lacoqueterie de cinq ou six Dames de qualité, qui joignant à beaucoup delegereté, un cœur corrompu sacrifièrent tout à leurs plaisirs, solvant lecaractère de leur sexe, qui lorsqu’il a renoncé à une vertu, respecte rare-ment les autres. Mazarin étoit très-bien instruit des dispositions de f Ar-mée d’Allemagne L de celles du Général ; il envoya donc ordre au Géné-ral d’Erlach de travailler de son mieux, à faire échouer les desseins du Ma-réchal de Turenne; & malgré l'extrême disette d'argent où étoit la Cour,il envoya Hervart intendant des Finances avec cinq.cens mille Livres pourappuyer les efforts d’Erlach. Aussi réussit-il parfaitement, en sorte qu’aulieu de débaucher ses Troupes,* comme il auroit fait li les Parisiens luiavoient envoyé de l’argent, M. de Turenne fut obligé de se retirer, &s’estima fort heureux de n’avoir pas été arrêté (a). Les Espagnols ne lais-sèrent pas échaper une si belle occasion que celles des troubles. Ils se mi-rent de bonne heure en campagne, prirent Ipres le 8 de Mai & Saint Ve-nant le io. Mais après la paix de Paris & l’arrivée des Troupes d’Allema-gne, le Comte de Harcourt à la tête de trente mille hommes vint mettrele siégé devant Cambrai (b). La Place étoit grande &. mal fortifiée, & oncroit généralement que le Comte l’auroit prise, si les Troupes Allemandesn’y avoient laissé entrer, un secours considérable, déserté que le Comte de
(a) Mem. de Motteville T JU. p. 201. T. L p. 343.
«leia. de Joli T. i. p. 43, Meia. de Retz (èj Mem. dePuysegur, p. iqt, 292.