404 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Section li avoit apporté de Paris des souliers & de bons surtouts, qu’il leur fefoicXI11 - distribuer, & très-souvent quelque argent. Rhetel se rendit le 13 de De-LouisXlV membre. La saison étant fort rude, i’Armée se mit en quartiers dans lesjusqu’ à la ' villages des environs le 14. Les ennemis, commandés par d’Estevan dePdx dts Gomara & le Maréchal de Turenne, l’attaquerent le lendemain, Sc aprèsPyrénées. une action fort vive furent battus ( a). M. de Turenne eut bien de lapeine à se sauver dans un bois ; les Espagnols perdirent quatre mille hom-mes avec quelques - uns de leurs meilleurs Officiers, huit pieces de canon& plusieurs Etendards Sc Drapeaux ; Don Estevan fut fait prisonnier (b).On auroit cru que cette victoire remportée au moins sous les yeux duMinistre devoir lui faire honneur, même parmi les Parisiens ; cependantà son retour il les trouva généralement indisposés contre lui ; bien qu’onchantât le Te Deum , il n’y eut gueres de réjouissances qu’au Palais Royal.Ze Cardi - L’année 1651 commença par de nouveaux troubles. Le Duc d’Orléansm lest con- ne pouvoit se passer de Favori, & quoiqu’il eut plus de sens que ceux entraintde qni il se consioit & qu’il exécutât même fort bien leurs mauvais desseins, illi première ne vouloit jamais agir fans consulter, & se fier à lui-même pour ses pro-foìs du prés intérêts. 11 aimoit l’autorité & affectoit ^indépendance; il avoit enRoyaume. ce teras . là presque tout ce qu’il pouvoit souhaiter ; il auroit pu le conser-1651. ver A rendre la tranquillité à la France, si en s’unissant de bonne-foi avecla Reine & le Ministre, il avoit demandé décisivement que le Roi épou-sât Mademoiselle. 11 est vrai que la Reine n’y étoit pas portée, mais leCardinal croyoit ce mariage avantageux, si on pouvoit engager le Duc àêtrefferme. Mais il étoit alors entre les mains du Coadjuteur, qui voyantque le Cardinal n’avoit pas envie de lui procurer le chapeau rouge, poussale Duc d’Orléans à assurer son autorité par une autre voie. La plus grandepartie du Parlement vouloit la liberté des Princes ; la Duchesse de Chevreu-se avoit négocié avec. le Duc d’Orléans, & avoit proposé trois articles,que le Duc d’Enguien épouseroit la seconde fille de Monsieur ; le Princede Conti la sienne, óc qu’on feroit M. de Ghâteauneuf Premier Ministre.Avec tout cela ce Parti-là même étoit plus porté à se lier avec le Cardinal,qui ignoroit absolument l’intrigue. Le Duc de la Rochefoucault conférasouvent avec ce Ministre, lui fit connoitre en termes obscurs le risquequ’il couroit, & le pressa de se mettre à couvert en donnant la liberté auxPrinces (c). On n’apperçoit point dans aucun des Mémoires de ce tems-là que la conduite du Cardinal dans cette occasion ait été celle d’un habilePolitique. II raffina si fort & retarda tant qu’à la fin tous les Partis se li-guèrent contre lui, & l’attaquerent si vertement, qu’il fut obligé de se re-tirer. II est vrai que MM. d’Aumont, de la Ferté-Imbault, appeilé leMaréchal d’Etampes, & la Ferté-Senneterre, à qui il avoit fait donner,aussi bien qu’au Comte de Grancey, le bâton de Maréchal après la bataillede Rhetel, rassurèrent de leur attachement & de leur estime; mais il n’osapenser à exciter une guerre civile dans la Capitale de France. Le 6 de
(a) Mem. de Brienne l. c. p. 86. Mein, . (c) Mein. de la Rochefoucault, p. w»ie Retz ubi fup. p. r6r. 143, 144.
(p) Mem. de Retz l. c.