HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 4o5Fevrier, il sortit de Paris & alla au Havre de Grâce, se flatant à ce que Sbctiokl’on dit de faire croire aux Princes, qu’ils lui étoient redevables de leur li- Xiu.bette, mais il se trompa, ils fa voient qu’il y étoit force', desorte qu’ils Je Louísxivtraitèrent fort froidement (a). En attendant la Reine fe trouvoit dans la jusqu’à i a 'plus fâcheuse situation ; le Duc d’Orléans délibéra avec le Coadjuteur, d o paix deslui ôter le Roi L de la renfermer dans un Couvent, ou de prendre lui-même Pr mé/;s -
le Gouvernement de l’Etat avec la qualité de Lieutenant - Général du Roi.-—
La premiere sortie de cette Princesse de Paris avoit donné tant d’ombrageau Peuple, que pendant un mois elle fut prisonnière dans le Palais; on re-specta si peu son autorité, son rang & môme son sexe, qu’elle fut forcéede laisser entrer à minuit la populace dans fa chambre & d’ouvrir les ri-deaux du lit du Roi, pour faire voir qu’il y étoit (b). Cela dura jusqu’àl’arrivée des Princes ; alors le Parlement procéda contre le Ministre , &donna un Arrêt qui portoit que tous les Etrangers seroient exclus du Con-seil du Roi, & tous les Cardinaux, même les François (c). Le Prince deCondé se voyant fans rival par l’éloignement du Cardinal & par son unionavec le Duc d’Orléans, crut pouvoir négliger les Frondeurs. Quoique laDuchesse de Chevreuse lui eût rendu la parole qu’il avoit donnée dans faprison, par rapport au mariage de Mademoiselle de Chevreuse avec lePrince de Conti, afin que ce fut une affaire de choix, il voulut qu’il pa-rut que la Reine le forçoit à rompre ce mariage. Cela détermina la Du-chesse de Chevreuse, la Princesse Palatine & le Coadjuteur lui-même àchanger de mesures, & malgré tout ce qui s’étoit passé d’offrir leurs servi-ces à la Reine, que le Prince continuoit à persécuter par caprice , par or-gueil ou par ressentiment, secondé par le Duc d’Orléans, qui agissoit con-tre son caractère naturel.
Le Cardinal, après avoir passé par le Pays de Liege , alla à Breuil à Nouvellequelque distance de Sedan. Delà il entretenoitun commerce régulier, non r f voluí:imseulement avec la Reine, mais auíïi avec les Chefs des différons Partis, qui a J" l r s J es a [" Aconspiraient à le tromper & à négocier en même tems avec lui (d). Le j donne’lieuCoadjuteur se voyant méprisé du Prince de Coudé, & le Cardinal ['úmíau retour duassuré de lui faire avoir le Chapeau, entra dans les intrigues pour le faire Car ^ inal -revenir, avec le même feu, qu’il avoit montré pour son éloignement; onproposa dans quelques Conseils d’arrêter Je Prince, ou même de le faire as-sassiner (e). La Reine fut mieux conseillée ; elle rappelia Chavigni à lapriere du Prince, pour mieux persuader au Parlement qu’elle n’avoit pasdessein de faire revenir le Cardinal. Elle congédia auffi le Tellier, Servien& de Lyonne , uniquement parceque íe Prince prétendoit qu’ils étoientamis de Mazarin (/). S’appercevant que toutes ces complaisances n’adou-cissoient pas le Prince, elle envoya par l’avis des Frondeurs, un Ecrit auParlement contre lui, & quoique le Duc d’Orléans y eût consenti, & eûtmême fait quelques changemens'au Mémoire , il envoya un autre Ecrit
(«) Mein. de Retz l. c. p, 187-203.Mem de Joli T. I, p. 120.
(t) Mem. de Mocteviile T. IV.
(c) Mem. de Retz T. II. p. 204.
(d) Menu de Motteville ubi sup.
(e) Les mêmes, T. V. p. 85, 86.(/) Là - même.
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