SectionXIV.Régné deLouisXIVdepuis l’ai1661 jus-qu’à tanI6?4-
Vaubanfortifie lesPlaces conquifes.
1668.
Traité deltTriple Al-liance.
4^6 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
une garnison de six mille hommes, capitula après neuf jours de siégé,’Cette Place parut si forte à M. de Louvois, qu’il déconseilla au Roi deT attaquer; elle étoit défendue par quatorze bastions Royaux ; il y avoitj vingt raille habitans capables de porter les armes ; le Gouverneur étoithomme d’expérience, & la garnison étoit bien pourvue de tout ce qu’ilfalloic pour soutenir un siégé. Les Espagnols sembloient avoir donné tousleurs foins à cette ville, tandis qu’ils avoient entiereraent négligé les au-tres. La confiance que le Roi avoit en la capacité de M. de Turenne,& Tordre de finir la campagne par quelque entreprise difficile, qui fît vé-ritablement honneur à ses armes, le rendirent sourd aux représentations deson Ministre. Lille fut investie, & les lignes de circonvalíation furentfaites avec toute la diligence possible. Après cinq vigoureuses sorties, oùil ne fe passa rien de remarquable , le Gouverneur capitula , & en forcitpour aller à Ipres, Le Comte de Marsin & le Prince de Ligne, ignorantque la ville avoit capitulé, s’avancerent pour y jetter du secours. Maisles Marquis de Créqui & de Bellefonds les attaquèrent brusquement lesbattirent, firent quinze prisonniers, & prirent dix huit étendards & cinqpaires de timbales (n). Après cette victoire le Roi. retourna à Versailles,fans avoir connu ni les fatigues ni les dangers de la guerre, car cette camrpagne, faite au milieu de la plus grande abondance, parmi des succès sifaciles parut un voyage de plaisir pour la Cour.
La rapidité des conquêtes du Roi remplit d’allarmes Bruxelles ; les habi-tans transportoient déja leurs effets à Anvers. II ,y a de l’apparence' que la conquête de la Flandre entiers auroit été Touvrage d’une campa-gne , si Louis avoit eu des troupes assez nombreuses pour garder les Pla-ces, qu’il auroit pu prendre. Louvois lui conseilla de mettre de grossesgarnisons dans les villes conquises, & de les fortifier. Vauban un de ces grandshommes & de ces génies supérieurs, qui paraissent dansl’efpace d’un sieclepour T honneur de l’humanité,fut chargé de ces fortifications. On fut éton-né de ne voir plus les places revêtues que d’ouvrages presque au niveau dela campagne, & qu’on renonçât à des fortifications hautes, tandis qu’ellesn’en étoient que plus exposées à être foudroiées par l’artillerie. U con-struisit la citadelle de Lille fur ces principes, & on l’a admirée commeun chef d’œuvre en ce genre (b).
, Toutes les Puissances de TEurope furent allarmées des conquêtes de Louis■ ■ IV, qui sembloient annoncer qu’on n’attendoit que la mort de FinfirmeCharles II. Roi d’Eípagne, pour réunifies deux couronnes, & jetter lesfondemens de la Monarchie universelle. Les Hollandois étoient les plusexposés, & n’afpiroient qu’à s’unir avec TAngleterre par une alliancecapable d’arrêter le cours des ambitieux projets de Louis XIV. Le Roid’Angleterre, qui avoit envie de regagner l’affection de ses sujets mécon-tens de lui, envoya le Chevalier Guillaume Temple à la Haye, en qualitéd’Ambastadeur extraordinaire, avec plein pouvoir de conclure un Traitéavec les Etats Généraux, & de regler les conditions propres à arrêterLouis dans fa carrière. Le Traité fut conclu en cinq jours; le Ministre
(a) P élisait T. I. p. 122. (b) Siecle de Louis XIV. T. I. p. m, 148, 149.