HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. n?
Angloi? surmonta toutes les difficultés par son adresse, & jamais fa capaciténe parut plus que dans cette occasion. Le Roi de Suede accéda à cette xri/jalliance en qualité de Partie contractante, Ainsi se forma la Triple Allian- ^ ssne J ece, par laquelle les Puissances contractantes s'attribuèrent la qualité d’arbi- dtpuis i'antres à l’égard des différends de la France & de l’Efpagne pour les Pays- 1661 j u s.Bas, & de la guerre entre l’Espagne & le Portugal, L’objet de ['alliance i ’ Cilìétoit de soutenir la Monarchie Espagnole,, de borner la puissance'exorbi- l6 ï+-
tante de la France, & de prévenir !a funeste guerre dont l’Europe sem--
bloit être menacée. Le plan étoit bien concerté, on y applaudit ; & parrapport à s Angleterre ce fut peut-être faction la plus sage de tout lerégné de Charles IL
La Triple Alliance étoit fondée fur une alternative que le Roi avoit Conquête dtproposée à la Cour de Madrid. II offroit de renoncer aux droits de la Franche--Reine, à condition,que l’Efpagne lui céderoit ou les conquêtes qu il avoitfaites dans les Pays-Bas, ou la Franche - Comté, avec les villes de Cambrai,d’Aire & de Saint - Orner. La Reine Régente d’Efpagne temporisa , dansl’efpérance que la Triple Alliance lui feroit utile. Louis fit filer vers laFranche Comté ses Troupes, dont ii donna le commandement au Princede Condé, qui avoit fous lui Bouteviile son ami, qui ne i avoit jamaisabandonné dans ses disgrâces. On crut que Louvois fit employer lePrince de Condé, pour diminuer la faveur de Turenne, que le Roi con-fultoít non feulement comme Général mais comme Ministre. Condé & Tu-renne étoient de tout te ms rivaux, ils ne pouvoient s’empêcher de s’esti-mer, pendant qu’ils se haïssaient. Turenne assura le Roi qu’il ne pou-voir donner le commandement à un Général qui eut la moitié du méritedu Prince, & Condé répondit au compliment, en disant qu’on ne pouvoir,succéder qu’avec désavantagé à Turenne. Le Prince sentit son ardeurmartiale se ranimer quand il se vit à la tête d’une Armée, ce qui étoit -en-même tems une preuve que fa conduite passée étoit mise en oubli. II en-tra dans la Franche Comté, qui fut subjuguée en dix sept jours, : 6 c le Roilui en donna le Gouvernement (a).
La Reine d’Efpagne, .votant quelle n’avoit encore tiré aucun avantagede la Triple Alliance, & que la conquête des-Pays-Bas ne conterait gue- la-QUa^u-res plus de tems que celle de la Franche-Comté*, consentit à la fin, que leta-Roi gardât les Places qu’il avoit conquises, supposant que les Hoilandoisferaient nécessairement obligés de s’oppofer à ses entreprises, s’il vouloic.faire de nouvelles acquisitions dans les Pays - Bas. On fut surpris que faMajesté Catholique n’eut pas mieux aimé céder la Franche-Comte avecCambrai, Aire & Saint*Orner, plutôt cjue d’exposer toutes tes grandesvilles de Flandres par le voisinage d’un Prince auífi entreprenant & ambi-tieux que Louis XIV. Mais ce íut un trait de politique raffinée du Mar-quis de Castel - Rodrigo, pour mettre les Anglois & les Hoilandois dans-les intérêts de l’Efpagne. Le Hoilandois firent tous leurs v efforts pour tra-verser une résolution, qui les expofoit eux-mêmes au danger,-mais la Courd’Efpagne fut inébranlable, damant plus que le Roi de France appuis lai
O) Vie du Prince de Condé p, 452, 453,lii 3