HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. m
à cette nouvelle, on tint sur le champ un Conseil extraordinaire, dont le Sectionrésultat fut, que le Roi fit un Testament par lequel il déclara le Prince de xvir.Bavière unique héritier de ses Etats. Louis & Guillaume se plaignirent àla Cour de Madrid de l’injustice que le Roi fesoit aux autres Prétendans, & ^ e °^ Xlv 'de nouvelles disputes alloient s’élever, lorsque le Prince de Bavière mourut ie g g j u j_subitement à Bruxelles le 6 de Fevrier 1699, non fans soupçon de poison ( a). qu’à l'ar.
Comme cet événement changeoit tout-à fait la face des affaires, Louis 1 l l °envoya encore le Comte de Taliard à Londres pour faire les propos!-rions d’un nouveau Traité. La Cour d’Espagne se douta qu’on feroit intrigues*quelque chose de semblable. Le peuple étoit aigri de l’insolence de trois U Testa-Puissances étrangères , qui s’arrogeoient le droit de partager la, Monar- ™ ent (iechiej l’orgueil des Espagnols se révoltoit de ce nouveau projet de démem- Ch f leS 11brement, âc la Noblesse étoit irritée en pensant qu’elle perdroit des Gouvernemens lucratifs. Cependant le Roi étoit mourant, le Ministère foible d’Anjou.
& divisé, les Grands étoient factieux & toute la Nation étoit mécontente. 17co.
Ils étoient dégoûtés de la Maison d’Autriche par la hauteur & sapidité dela Reine Mariant, & par le mépris qu’elle témoignoic pour la Nation Espa-gnole. II y avoit mille difficultés à surmonter pour parer le coup qui me-naçoit la Monarchie de dissolution. Si l’on se déclarait pour l’Archiduc,l’Efpagne feroit opprimée par des Favoris Allemands, la Noblesse privéede tous les emplois honorables ou lucratifs, & on devoit s’attendre à uneguerre sanglante de la part de la France, de l’Angleterre & de la Hollande.
D’autre part, en préférant la Maison de Bourbon, ils perdoient l’occa-sion de se venger de Louis, pour avoir projette le Traité de partage, Ckrendoient en même tems l’Espagne Province de France ; ils s’exposoientau ressentiment de i’Empereur , du Roi de la Grande Bretagne & desEtats-Généraux, qui ne souffriraient jamais patiemment l’union des deuxCouronnes.
En attendant le Marquis de Harcourt se conduisit si finement, qu’il mitdans les intérêts de son Maître le Cardinal de Portocarrero, le Marquis deMonterey, avec plusieurs autres Seigneurs. Quoique Louis eût projetteJe second Traité de partage, il trainoit les choses en longueur, pour ob-server les change mens qui arriveraient à la Cour de Madrid. Portocarrero& la Faction Françoise, s’appercevant de l’aversion que le peuple avoitpour la Maison d’Autriche, se servirent de leurs émissaires pour répandreque Louis seul étoit en état de conserver la Monarchie en son entier ; quela Maison d’Autriche étoit foible & épuisée, & que tous les Princes decette Maison ne pourraient être soutenus que par de détestables Héréti-ques. Le Cardinal se servit des armes spirituelles, & profita de la faiblessede son Souverain avec une ruse vrayement ecclésiastique. II lui conseillade consulter sur une affaire aussi importante que celle de la succession leSaint Siégé, sachant bien que le Pape étoit créature de Louis. Le Roiobéit au Primat, Innocent XII, délibéra avec trois Cardinaux, déclara larenonciation de Marie Therese nulle, comme faite par contrainte,& con-traire aux loix divines & humaines & à celles d’Efpague. Quels qu’ayenc
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