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31 (1769) La suite de l'histoire de France depuis le règne de Louis XII jusqu'au tems présent
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m HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.

Section pendant que le Maréchal étoit campé à Ramilìíes, il reçut ordre de hXVII. Cour ^'attaquer les Alliés, avant larrivée des Danois & des Prussiens.t^Yiv Voltaire attribue le malheur de Villeroi, à son trop de confiance en sesdepuis ' propres lumières. II eût pu éviter la bataille, & il la donna avec toutiJU jus- le désavantage du terrain & de la disposition. Son ardeur «St le feu dequà r an son génie , & le désir aveugle de la gloire semporterenc. Sa gaucheI7 ' 0, étoit derriere un marais impraticable, qui sétendoic depuis la Mehaignejufquà la petite Gette ; mais Villeroi ne profita point de cette circonstan-ce. Tandis que Marlborough dégarnit fa droite pour renforcer la gauche,Villeroi laissa fa droite exposée à leffort de toutes les forces de lenne-mi. Des Troupes de recrue, étoient au centre , & le Maréchal laissales bagages entre les lignes. Marlborough, en habile Capitaine, profitade toutes les fautes de Villeroi, qui fut averti inutilement par M. Gaf-(ion Lieutenant-Général de renforcer fa droite. Lattaque fe fit vers levillage de Ramiliies avec tant de furie, que les François du centre furentbientôt défaits. Mais les Troupes de la Maison du Roi à la droite, firentplier la Cavalerie Hollandoife «Sc Danoise à la gauche , & lauroic miseentierement en déroute, fi Marlborough nétoit accouru avec vingtEscadrons pour la soutenir. Ce renfort fit plier la Maison du Roi à foutour, elle fut entierement rompue, les troupes qui étoient dans Ramil-lies furent ou prises ou tuées ; la déroute devint bientôt générale , lElec-teur de Bavière & Villeroi fe sauvèrent avec peine. Les bagages embarraf-soient la retraité des fuiards ; la Cavalerie ennemie les talonnoit, & ungrand nombre furent écrasés ; huit mille morts resterent fur le champ dabataille, six mille furent faits prisonniers, & la plus belle Armée que LouisXIV. eût mise depuis longtems en campagne, & levée comme par le der-nier effort du désespoir fut ruinée H périt avec la gloire de la nation. Tousles Pays-Bas Espagnols'tomberent entre les mains des Alliés; toute la Fran-ce fut confuse & consternée, on ne parloir plus de la guerre quà loreille ;la Cour gardoic un morne silence, & étoit ensevelie dans la plus profondetristesse; tandis que Louis seul fupportoit ladversité en Héros; il reçut leMaréchal de Villeroi fans lui faire de reproches, mit tout en œuvre pourréparer ses pertes,& paroissoit résolu darrêcer ce torrent de disgrâces parla persévérance, lactivité «Sc le courage (a).

Vendôme Vendôme fut rappelle dItalie, «Sc envoyé pour commander en Flandres,rnppeiié * pendant que le Duc dOrléans «Sc le Comte de Marsin resterent pour pouf-i'Italie, fer les conquêtes de Vendôme en Piémont, «St porter le dernier coup au

Duc de Savoye en lui enlevant fa Capitale. Si !a fortune avoit favoriséleurs courageux efforts, ils auroient rétabli lhonneur de la France ; maisune efpece de fatalité déconcerta toutes leurs mesures.d ( Aussitôt que le Duc de Savoye eut refusé toutes les propositions duneTurin. paix séparée, on fit de grands préparatifs pour assiéger Turin. On donnale commandement du siégé au Duc de la Feuillade, fils du Maréchal de cenom «Sc gendre de Chamillard. II avoit hérité du courage de son pere,avoit pour lui ia faveur publique, atcendoit pour récompense de la conquête de

(a) Siecle de Louis XIV. T. I. p. 386-388, Henault fous lan 1706.