HISTOIRE DE FRANCÉ. Liv. XXIII. 495
Turin le bâton de Maréchal de France, & Chamillard avoir tout prodigué Sectionpour lui assurer le succès. Voltaire dit, que les fraix des préparatifs sus- „ XVj ï-íìroient pour fonder & pour faire fleurir la plus nombreuse Colonie. Le lou ìsxivDuc de la Feuillade plein d’ardeur & d’activité, pressoit le fiege contre depuistoutes les réglés. Vauban proposa de venir le diriger comme un Ingé-i698 jus.nieur & de íervir comme Volontaire;mais la Feuillade le refusa flerement , Van& lui écrivit qu’il vouloir prendre Turin à la Coehoorn. Quand les lignes 1710 'de circonvallaiion & de contrevallation furent finies, la Feuillade envoyaun Trompette pour offrir un Passe port & une escorte à la Duchesse deSavoye & à ses en fans; mais le Duc répondit qu’il n’avoit pas dessein defaire sortir sa famille de la ville. Immédiatement après les batteries com-mencèrent à faire un feu furieux, & les boulets rouges pleuvoient en ílgrande quantité que le Duc fut contraint d’envoyer fa famille à Quierasque,
& delà elle fut conduite, à travers mille dangers fur les terres de la Répu-blique de Genes. Peu après le Duc sortit de la ville avec quelques Trou-pes de Cavalerie pour inquiéter les affiegeans; la Feuillade court après lui,
& ce Prince, qui connoissoit mieux le terrain échape à ses poursuites!
Le fiege continuoit avec vigueur, mais fans qu’il y eut apparence de pren-dre Turin. On consomma inutilement une prodigieuse quantité de muni-tions; & tous les Officiers subalternes attribuèrent le peu de succès, nonaux fausses mesures de la Feuillade, mais à fa passion pour la Duchesse deBourgogne, à laquelle, disoient-ils, il avoit juré de respecter la Capitalede son pere. Cette erreur populaire s’accredita tellement pendant un grandnombre d’années, que Voltaire est le premier qui l’ait réfutée. Quatorzemille François périrent devant Turin; mais comme la garnison étoit aussidiminuée ,que les munitions commençoient à lui manquer, & qu’il n’y avoitgueres d’espérance de secours, que celle qui étoit fondée fur l’habileté duPrince Eugene, on ne doutoit pas que la Place ne tombât au pouvoir de laFeuillade. Vendôme, avant son départ avoit muni tous les passages, parlesquels le Prince pouvoit approcher de cette Capitale, & avoit fait bor-der l’Adige d’une longue chaîne de retranchemens. Eugene surmonta tousles obstacles par son génie & par fa persévérance, passa quatre grandes ri-vières malgré les batteries des François. Jamais il n’y eut de plus bellemarche, ni d’opération où l’on vit briller davantage un génie supérieur, lecourage le plus ardent, & la patience la plus invincible. Le Prince joi-gnit le Duc de Savoye auprès d’Asti, & consterna l’ennemi presque com-me s’il avoit été battu. Le Duc d’Oriéans vint joindre le Duc de la Feuil-lade au camp devant Turin ; on assembla un Conseil de guerre, où l’on agita sil’on sortiroit des lignes pour attaquer l’ennemi, ou fi on l’attendroit dans lesretranchemens. Le Duc d’Orléans, & les Lieutenans Généraux la Feuil-lade , Albergotj & Saint Fremont furent pour le premier parti ; mais leMaréchal de Marfin fut d’avis de rester dans les lignes, & tira de fa pocheun ordre du Roi, par lequel on devoir déférer à son avis en cas d’action.
La Staure étoit à la droite, la Doire à la gauche, & le Couvent de NotreDame de !a Marie au centre de l'Armée Françoise.
Le Prince d’Eugene marcha aux retranchemens, & s’avança fur huit co- Les Fran •lonnes, ce qui embarrassa fort les Généraux François, qui penfoient qu’i! pissent àè-