496 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIIÏ.’
Section attaqaeroit divers quartiers à la fois. Le Duc d’Orléans fut d’un fen-XVII. riment, Marsin & la Feuillade d’un autre; ils disputèrent fans rieniîegrae de conclure. Albergoti refusa le renfort qu’on lui demanda pour soutenirdepuis V * l’impétuosité du premier choc de l’ennemi ; il avoit cependant vingt mille1698 jus- hommes &' n’avoic en tête que des Milices, qui n’ofoient l’attaquer; ilqu'à l'on donna des raisons spécieuses de son refus. Le Prince Eugene se forma1 7 10 ‘ à peu de distance des retranchemens, au milieu du feu terrible de qua-faîtsdevant rante P^ eces âe canon. Le premier choc fut furieux, mais Eugene futcette ville, repoussé; il se mit alors à la tête des bataillons de la gauche, & forçales retranchemens à la premiere charge. Le Duc de Savoye ne fut pasmoins heureux à la droite & au centre. Les François furent rompus& toute leur Armée fut défaite dans l’espace de deux heures. Le Ducd’Orléans, après avoir donné les plus grandes preuves de valeur fut bles-sé ; Maríin blessé à la cuisse fut fait prisonnier ; cinq mille hommes ref-terent fur la place,sept mille furent faits prisonniers; les lignes, les tran-chées font abandonnées, l’armée est dispersée, & l’ennemi entre triom-phant dans une ville qui peu d’heures auparavant étûit réduite à la der-niere extrémité. Le butin fut immense; une grande quantité de muni-tions, tout le canon, dix mille chevaux, & les mulets du Commissaire-Général, si richement chargés, qu’on les estima trois millions délivrés,tomberent entre les mains des vainqueurs. Marsin mourut quelques heu-res après avoir perdu la liberté. Methuen, Ambassadeur d’Angleterre l’ailavoir, & Voltaire assure, que le Maréchal lui dit, que ç’avoit été contreson avis que les François avoient attendu l’ennemi dans leurs lignes ; cequi semble démentir ce que nous avons dit ; mais la contradiction dispa-roit, quand on fait que le Maréchal avoit des ordres de la Cour, auxquelsil étoit forcé d’obéir, contre son propre sentiment.
Les Fran- Louis XIV. avoit jusques ici soutenu ses disgrâces avec une constancepis Jont étonnante, mais on appréhenda qu’il ne succombât sous ce dernier coup.chj’JJes d’I- u arrivoit dans la conjoncture la plus critique, & étoit trop décisif pour
ttl ,e ‘ n’être pas fatal à ses affaires. Me de Maintenon se borna à lui dire, que !e
Duc d’Orléans avoit levé le siégé de Turin à l’approche du Prince Eugene.Ce qui adoucissait encore cette nouvelle, c’étoit celle que le Comte Meda-vi-Grancey avoit remporté une victoire fur le Prince de Hesse dans le Man-touan, qui bien que complette fut inutile. L’importante bataille de Turinen sit perdre tout le fruit; les François & les Espagnols furent chassés duMantouan , du Milanés , du Piémont & enfin du Royaume de Naples.Louis étoit donc humilié à un point capable d’exciter la pitié de ses plusimplacables ennemis. Ses nombreuses armées étoient ruinées par le fer,les conquêtes des deux cotés du Danube perdues, ses Troupes chasséesde Flandres & d’ítalie , & Philippe son petit fils contraint d’abandon-ner fa Capitale à un Rival, qui auroit pu subjuguer aisément toute l’Ef-
pagne , s’il avoit su profiter de sa bonne fortune. Louis XIV. se servit
de f Electeur de Bavière pour écrire en son nom des Lettres au Duc de Marl-borough & aux Députés des Etats Généraux, pour demander un Congrèsil pria le Pape de íe porter pour Médiateur entre lui & l’Empereur ,& il évacua l’ítalie entierement, pour sauver les débris de l’Armée du Duc
d’Or-