HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 4çg
de Tflli & le Général d’Auverquerck avoicnt aussi eu de l’avantage sur Sectiokl’aile droite, le désordre se mit parmi les François, & tous les efforts du xvn.Duc de Vendôme ne purent retarder le cours de la bonne fortune de Mari- lqu^xivborough. II mit pied à terre, courut dans les rangs, appella les Officiers depuis V 'par leur nom, les conjura de soutenir l’honneur de la France, & anima 1098 jus-tes gens de la voix & de l’exemple. Jamais ses grands talens militaires ì u ’ à Hne brillèrent avec plus d’éclat que dans cette occasion, mais ce fut fans I7I °*succès. Ses troupes furent poussées avec tant de furie, que l’on ne vit plusque confusion. Plusieurs Régimens furent taillés en pieces entre les hayes,d’autres jetterent leurs armes. La nuit qui survint sauva la plus grandepartie de l’Armée, & donna moyen au Duc de Vendôme de íè retirervers Gand. Voiant les troupes plier, il prévit une défaite, & avoitformé une arriéré garde de vingt bataillons pour assurer la retraite. Cetteprécaution sauva les.François; car les Alliés envoyerent à la pointe dujour des détachemens de Cavalerie à leur poursuite, mais ils trouvèrentles hayes & les fossés qui bordoient la route, si bien défendus par desGrenadiers, qu’il leur fut impossible de fe former en ordre. Louis XIV.perdit dans cette action trois mille hommes & sept mille prisonniers ,
& fut redevable à la conduite de Vendôme du salut du reste; mais commefaction fut malheureuse, le public qui juge par l’événement, blâma leDuc, dont la conduite avoit été jufques-là irrépréhensible. Le Roi luirendit justice, sachant que ce n’étoit pas à Vendôme qu’il falloit s’en pren-dre , & qu’il avoit fait tout ce que le courage , guidé par la prudencepeut faire.
Les Alliés profitant de leur avantage, assiégèrent Lille, la plus forte shee deplace des Pays-Bas, bien pourvue de vivres & de munitions, où il y avoit Lille,vingt-un bataillons des meilleurs troupes de France, & le Maréchal deP rí s e<lePoussiers pour Gouverneur. Ce siégé parut à toute l’Europe une action cttte viUt ’téméraire, mais l’événement justifia les Généraux des Alliés. Le Duc deVendôme leur coupa la communication avec les magazins d’Anvers, maisils tirèrent leurs convois d’Ostende. Ils surmontèrent tous les obstacles cStpoursuivirent leur entreprise avec tant de fermeté & de persévérance, quele Maréchal de Boufflers fut obligé de capituler, après avoir soutenu unsiégé de deux mois dans la ville & de près de quatre pour la citadelle. LesAlliés firent quantité de belles actions pendant ce siégé,mais la plus extraor-dinaire fut la défaite de quinze mille François envoyés pour attaquer unconvoi qui venoit d’Ostendc. Le Général Webb avec six mille hommesd’ínfanterie Angloife couvroit la marche du convoi. II posta si bien festroupes, & elles combattirent avec tant de résolution, que les François feretirerent en désordre, après avoir perdu plus de trois mille hommes. Laprise de Lille étonna toute l’Europe; car on croioit généralement que leDuc de Bourgogne avoit tellement enfermé l’Armée des Alliés, qu’il devoitles réduire à la derniere nécessité avant qu’ils pussent fe rendre maîtres dela ville ; il s’en étoit même publiquement vanté ; aiant manqué son coup,il en rejetta la faute fur le Duc de Vendôme. Un des Courtisans de cePrince dit un jour à M. de Vendôme. Voilà ce que cejì que de n aller ja-mais à la mejje. „ Croyez-vous, lui répondit le Duc de Vendôme* que
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