502 HISTOIRE DE FRANCE Liv. XXIII.
Section guerre. Ceux qui étoïent peu sensibles à fhonneur de leur Souverain, seXVII. firent soldats pour avoir du pain. Grand nombre d’autres furent animésRégné de p 3r jg pj us nobles motifs,* réduits à la misere, & à moitié morts de faim,dt°'uis V résolurent de verser la derniere goutte de leur sang pour soutenir leur169& jus- Roi. De pareils sentimens mirent la France en état de faire des effortsqu’à Van. qui étonnèrent ceux qui la croioient expirante. On assembla une nom-17 Ia breuse Armée en Flandres, fous les ordres du_Maréchal de Viilars & bienque celle des Alliés fût supérieure, on ne Iaissoit pas de s’attendre que M.de Viilars agiroit offensivement. Mais ce Général làvoic trop bien lesavantages que de vieux soldats, fiers de la victoire ont fur des recrues maldisciplinées » en qui le désir de la vengeance ne serviroit qu’à augmenter ledésordre & la confusion.
Continua- Auffitôc que Louis XIV. eut rejette' les préliminaires, les Etats ordon-tion de la nerent à Rouillé de partir dans vingt-quatre heures, & le Roi donna ordreguerre fi? à Viilars de commencer la campagne avec toute la diligence & toute la vi-Maipía. ‘ S ueur possible. Mais tant s’enfaut, qu’il fût en état d’agir offensivement,quet. qu’il jugea à - propos de se retrancher dans la plaine de Lens. Le fort dela France & de f Espagne dépendoit de l’issue de cette campagne. Une dé-faite devoit être suivie des plus fatales conséquences; c’écoit ce qui avoirempêché M. de Viilars de tenter le secours de Tournai, afin que ses nou-velles recrues eussent le tems de s’accoutumer à voir fennemi. Après laprise de Tournai, les Alliés jetteront les yeux fur Mons, & passèrentl'Escaut pour aller investir cette Place. Le Maréchal de Viilars s’avançapour les en empêcher, & se posta avantageusement derriere les bois de laMerte & de Tanières, prés de Malplaquet ; il munit son camp , déjabien fort, d’un triple retranchement. Voltaire prétend que son Arméen’étoit que de quatrevingt mille combatans ; des Historiens Anglois gros-sissent ce nombre jusqu’à cent-vingt mille, & peut-être approchent-ilsplus de la vérité, puisqu’il avoit été joint par le Maréchal de Boufflers,* ceGénéral, quoique son ancien, étouffant tout sentiment de jalousie paramour pour sa patrie, avoit demandé à servir sous lui. Viilars prit tou-tes les précautions possibles, & on n’a pas laissé de blâmer fa disposition.11 avoit tellement couvert son camp de lignes, de retranchemens, de hayes,de batteries, d’abatis d’arbres, qu’il paroissoit inaccessible. Quelques His-toriens on dit, qu il devoit passer une large trouée, au lieu de la laisserdevantl lui ; mais c’est ce dont un militaire fur le champ de bataille est mieuxen état déjuger, que ceux qui font tranquilles dans leur cabinet. Danscette situation fennemi l’attaqua avec furie, & les soldats François étoientsi pressés de combattre, qu’aiant reçu du pain, dont ils avoient manqué unjour entier , ils en jetteront une partie pour courir plus légèrement aucombat. Les Hoilandois qui étoient à la gauche furent repoussés troisfois, avec un prodigieux carnage, & le Prince d’Orange lesramen autantde fois avec une résolution & une intrépidité incroyable. A la droite lesAnglois furent plus heureux,* après un combat opiniâtre les François fu-rent chassés de leurs retranchemens dans les bois de Sart A de Taniè-res.- Le Maréchal de Viilars, en ramenant des troupes de la gauche aucentre fut blessé, & par là l’honneur de la victoire demeura à fennemi