584 HISTOIRE DE FRANCE Liv. XXIII.
Section indécens. Le Comte en porta ses plaintes à M. Ménager , & demandasatisfaction. Ménager répondit par écrit, qu’il étoit très-éloigné de souf-la Paix si ue *" es domestiques fissent la moindre offense à personne , & particu-d’ Utrecht, lierement au gens de M. le Comte de Rechteren; qu’il étoit prêt de re-ôfáe ce qui mettre ceux qu’on auroit vu commettre ces indécences, & qu’on prouve-
s’efl passéjusqu’à laPaix deRaítadt.
roit être coupables. Avant qu’on apportât cette réponse, M. de Rech-teren étoit parti pour la Haye. A son retour, il envoya un Secretaire àM. Ménager pour lui demander satisfaction, & il reçut la réponse précé-— dente. Le Comte avoua qu’il n’avoit point vu les grimaces indécentes,mais qu’il conviendroit qu’il envoyât ses Laquais chez M. Ménager pourreconnoitre ceux dont il se plaignoic. Avant qu’il se passât rien de plus,il arriva que M. Ménager se promenant avec d’autres Plénipotentiairesrencontra le Comte de Rechteren, & après des civilités réciproques,le Comte dit à M. Ménager, qu’il attendoit toujours la satisfaction qu’illui avoit demandée, & insista pour que ses gens allassent dans la mai-son de M. Ménager reconnoitre ceux qui les avoient offensés, fur lerefus de cette proposition, M. de Rechteren dit, le Maître & les Va-lets se feront donc justice „ Je suis revêtu du caractère d’un Souverain,, aussi bien que vous, & je ne fuis pas homme à recevoir des insultes”.Il parla ensuite Hollandois à quelques gens de fa livrée, qui quelques mo-mens après frappèrent ceux de M. Ménager au visage & les menacèrentde coups de couteau. On s’en plaignit à M. de Rechteren, qui répondittout haut, „ Toutes les fois qu’ils le feront, je les récompenserai, & s’ils„ ne le fefoient pas je les chasserois”. Ses Collègues s’efforcerent d’ex-cuser son procédé ; & voiant qu’ils n’y pouvoient réussir ils prirent le partide nier, qu’il eut dit ce qu’ils avoient tous entendu, & ce qu’ils vouloientexcuser. Ils demanderent que le tout fût considéré comme une querelle devalets à valets, & prierent les Plénipotentiaires de France de s’en re-mettre au jugement des Ambassadeurs d’Angleterre , fans intéresser dans.cette affaire ni le Roi, ni les Etats - Généraux. Ménager ne rejetta pointla médiation des Anglois, mais persista néanmoins à demander satisfaction& à ne point recevoir les excuses des Hollandois. Ceux-ci prétendirentque M. de Rechteren avoit trop bu, quand il s’étoit exprimé si impru-demment ; mais le Ministre François demandoic qu’il fît satisfaction desang-froid. Les difficultés se multiplièrent, & Ménager informa le Roide toute l’affaire. II faut avouer que c’étoit-là un artifice dés deux côtéspour retarder les conférences, qui déplaisaient également à M. Ménager6c au Comte de Rechteren. Le premier savoit l’envie que son Maîtreavoic d’humilier les Hollandois, & la nécessité d’éloigner les conférencesavec leurs Ministres , jusqu’à ce que tout fût entierement ajusté avec laReine de la Grande-Bretagne. Rechteren de son côté ne souhaicoit pointla paix, tant par reconnoissance pour l’Empereur, qui l’avoit fait Comteque par intérêt, parc.eque ses freres avoient des emplois lucratifs àl’Armée. II dissuadoic continuellement la Province d’Overyssel de con-sentir à aucun Traité que de concert avec l’Empereur. Ménager eutsoin d’instruire le Roi de tout.