HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 537
dent ; il donna trente francs par tonneau d’exportation & quarante d’importa- Sectiontion, & cinq livres pour chaque tonneau que vouvoient contenir les vaisseaux xx -bâtis dans les ports du Royaume. On avoit l’obligation de tout cela au zele A?"de Colbert pour le bien public; mais cet habile Ministre travailloit pour des re g„e deingrats. On censura ces établissemens, parcequ’on n’en sentoit pas le prix; LouisXIV.
on les traitoit de chimériques parcequ’ils surpassoient la íphere bornée de-
certains petits Politiques. Mais Tesprit philosophique introduit par Colberten France a réformé les préjugés du peuple, & l’on est forcé d’avouer,qu’il joignait à T exactitude, Tordre & Toeconomie de Sulli des vues plusétendues & le génie nécessaire pour faire de grands établissemens. Ce n’est-'là néanmoins qu’une justice qu’on rend à fa mémoire ; le corps de ce grandMinistre pensa être mis en pieces par la populace après fa mort.
Pour encourager T industrie & favoriser la population Colbert persuadaau Roi d’encourager les mariages dans les campagnes , par une exemptionde tailles pendant cinq années pour ceux qui s’établiroient à Page de vingtans, & tout pere de famille qui avoit dix enfans étoit exempt pour toutefa vie, parcequ’il donnoit plus à 1 Etat par le travail de ses enfans, qu’iln’eut pu donner en payant la taille. En un mot chaque année du Ministè-re de Colbert fut marquée par quelque ordonnance ou établissement utile.
On établit des manufactures de foie par tout le Royaume & on fabriqua desdraps fins à Abbeville ; le Roi avançoit au Manufacturier deux milles livrespar chaque metier battant, outre des gratifications considérables. Les ta-pis de Turquie & de Perse furent surpassés à la Savonnerie , & les tapis-series de Flandres furent égalées par celles des Gobelins, & surpassées pourle dessein & la beauté des patrons. En un mot les fabriques de bas, desbelles glaces, de la faience & toutes sortes de nouvelles manufactures fu-rent cultivées soigneusement, & bientôt portées á la perfection. On peutappeller ce siccle non seulement le tems où Ton a perfectionné,.mais créé.
Louis XIV. ne négligea pas la Discipline Militaire,chaque jour on voioit Disciplinequelque nouvelle manœuvre , ou quelque nouvelle arme. L’usage de la ire.baïonnette au bout du fusil est de son institution , & rend T Infanterie im-pénétrable. La maniéré dont TArtiHerie est servie aujourd’hui lui est duetoute entiere ; il en fonda des Ecoles à Douai, à Metz, à Strasbourg, & leRégiment d’Artillerie, dit Voltaire, fut enfin rempli d’Officiers, presquetous capables de bien conduire un siégé. II forma un Régiment de Bom-bardiers & un de Houfards. Des Compagnies de Cadets furent entretenuesdans presque toutes les Places frontières; ils y apprenaient les Mathémati-ques, le Dessein & tous les exercices. II institua TOrdre de Saint-Louispour récompenser le mérite, & fonda T Hôtel des invalides pour servir deretraite aux infirmes, aux blessés & à ceux qui avoient vieilli dans le servi-ce. Ce fut à ces établissemens que Louis fut redevable de la force deTunion & du courage de ses Troupes. Officiers & Soldats étoient égale-ment animés à faire leur devoir par des motifs d’intérêt& de gloire. Lou-vois eut grande part aux changemens dans la Discipline militaire. II estvrai qu’il abusait quelquefois de son pouvoir, en préférant Tintérêt & lesang au mérite ; mais en général le bien de TEtat&la gloire du Roi J’empor-toient.
Tome XXXI. Y y y