538 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Ssctiom . Le Roi ne fut pas moins appliqué à mettre fa Marine fur un pied refpec-xx - table. L’accroiíTement du commerce & de la navigation fut un séminaireà Mariniers, & ses Flottes en récompense protégèrent le commerce.régné de Les guerres civiles & la politique de Mazarin avoient fait dépérir la Ma-LouisXIV. rine de France. Quand Colbert entra dans le Ministère il n’y avoir que
-;-- quelques vaisseaux pourris dans les Ports. Avant même que ce Ministre
Manne, e Q t f a i c connoitre fes talens, le Roi avoit senti lui-même la nécessité d’uneMarine. D’abord qu'il commença à gouverner, il essaya jde former desforces maritimes, & dès la troisième année de son Gouvernement, on voitune Escadre Françoise faire des conquêtes fur la côte d’Afrique. En 1 66 jla France avoit dans fes ports soixante vaisseaux de guerre. Ces glorieuxefforts mirent Louis en état de disputer l’empire de la Mer à ceux quiprétendoient en être en possession. II ne voulut pas permettre que fesvaisseaux baissassent le pavillon devant celui d’Angleterre ; en-vain Char-les 11 & son Conseil insistèrent far ce droit ; la nécessité les obligea de céderà la fermeté du Roi, il est vrai qu’un Roi d’Angleterre plus jaloux deson honneur, auroit fort embarrassé Louis XIV. Mais tandis qu’il pré-tendoit à légalité avec f Angleterre, il soutint sa supériorité avec l’Es-pagne, & fit baisser le pavillon aux Amiraux Espagnols devant le sien,en vertu de la préséance solemnelle accordée quelques années auparavant.
On continua de travailler à l’établissement d’une Marine de tous côtés.On enrôla & enclassa les matelots, qui dévoient servir tantôt sur les vais-seaux marchands, tantôt fur les Flottes Royales, & il s’en trouva bientôtsoixante mille enclassés. Le nombre en augmenta d'année en année, &en ió8r, la France avoit deux-cens vaisseaux de guerre, en comptant lesallégés, & trente galères dans le port de Toulon, ou armées ou prêtesà l’être. En un mot il se trouva cent-soixante-six mille hommes enclasséspour tous les services divers de la Marine. Mille Gentilshommes ou en-fans de famille fesoient la fonction de soldats íur les vaisseaux, & appre-nnent dans les ports tout ce qui prépare à l'art de la navigation à àla manœuvre ; ils étoient fur mer ce que les Cadets étoient fur terre.On bâtit la ville & le Port de Rochefort ; on établit des Conseils de con-struction dans les Ports, pour donner aux vaisseaux la forme la plusavantageuse. On bâtit cinq Arsenaux de marine à Brest, à Rochefort,à Toulon, à Dunquerque & au Havre de Grâce (*). Pour donner du
(*) M. Savari compte qu’il y avoit en i68r, deux-cens quatrevingt-quatorze Vais-seaux Royaux, en y comprenant les Frégates, les brûlots, les Galiotes à bombes & lesPinques. La dépense de F entretien pour six mois alloic à. sept millions, deux-cens-soi-xante-Jouze & quatre-vingt une livres, qui feroient à présent douze millions, neuf-cens-quatrevingt-treize mille neuf-cens vingt livres. II est apparent que la France pourroitentretenir aujourd’hui une pareille Flotte, avec la même somme qu’alors, les appoin-temeus des Officiers de mer n’aiant point été augmentés , malgré la diminution de lavaleur des especes. Tout ce qu’il y auroit de dépense au delà, ne regarderont que laconstruction & l’équippetnent. Cependant si l’on considéré la difficulté de former une Ma-rine, tandis qu’il est de l’intérêt des grandes Puissances maritimes de s’y opposer, ladiminution du commerce de France, les pertes qu’eiles a faites dans l’Amérique Sep-tentrionale, la fureté de la pêche de la morue, on peut raisonnablement conclure,qu'il n’y a que des efforts réitérés pendant plusieurs années, qui puissent rendre encorela France redoutable fur l’Océan.