HISTOIRE DE FRANCE. LivI XXIII. 539
relief au corps de la Marine, on y fit entrer îa dignité de Maréchal deSecTroïiFrance, & le Roi distribua fes faveurs fans distinction aux Officiers de Mer, xx.comme à ceux de Terre. Avant le régné de Louis XIV. les honneurs mi*litaires fe bornoient aux derniers,la Noblesse ne pensoit peint à cueillir de$ re ^j £lauriers fur mer. On vit bientôt les fruits de l’émulation. La France, la LouîsXiv.
plus foibîe Puissance maritime de l’Europe , devint bientôt redoutable à —-
l’Angleterre & à la Hollande ; fes Flottes remporteront souvent la victoirefur les Flottes combinées des maîtres de la mer ; & fa puissance à cetégard fe feroit soutenue plus longtems, fi des ordres de la Cour n’a-voient obligé le vaillant Tourville de hazarder la fortune de la France à lajournée de Ja Hogue. La Marine reçut un coup, auquel on ne put ja-mais bien remédier. Elle languit, & on n’a jamais vu depuis que quelquesfoibles lueurs passagères de fa premiere vigueur. Le mal semble à présentavoir gagné le cœur, & il est douteux , si toute l’habileté de Colbertpourroit la ranimer.
Si ce Ministre eut de grands obstacles à surmonter pour former la Ma* Finances. 'rine, il n'en eut pas moins à f égard des Finances. Quand il entra dans leMinistère, la France étoit épuisée & accablée par les guerres civiles &étrangères, & les peuples dans la misere. Les revenus de la Couronne nemontoient qu’à soixante-dix millions, à vingt sept livres le marc d’argent;
& à fa mort ils montoient à cent-dixfept millions,& avec ce revenu LouisXIV étoit beaucoup plus riche que son successeur avec deux-cens millions,à cause de la différence de la valeur numéraire du marc d’argent. Colbertfut le premier Ministre qui étudia & entendit la constitution des Finances,mais les circonstances ne lui permirent pas de faire usage de toutes fes lu-mières. Pour fournir à la fois aux dépenses des guerres, des bâtimens,&des plaisirs de la Cour, il fut obligé d’avoir recours aux expédions les plusopposés à son système. II lui étoit impossible de s’en tenir aux arrange-mens qu’il jugeoit les plus avantageux, tant que le Roi étoit ambitieux, &la Cour plongée dans le luxe, & les plaisirs. II fut obligé de rétablir ce qu’ilavoit voulu d’abord abolir pour jamais; impôts en parti, rentes, chargesnouvelles, augmentations de gages , enfin ce qui soutient l’Etat quelquetems, & l’obere pour plusieurs années. Le Roi possedoit peu de Domai-nes particuliers, le commerce étoit presque oublié , l’industrie éteinte,ainsi il ne restoit d’autre moyen pour augmenter les revenus que des impôtsaisés à percevoir & également répartis. On voit que le grand objet de lapolitique de Colbert etoit d’augmenter la population , d’encourager Jaculture des terres, le travail industrieux & le commerce. II craignoit tel-lement de livrer l’Etat aux Traitans, qu’il fit ériger une Chambre de justi-ce contre eux, & après la dissolution de cette chambre, il fit rendre unarrêt du Conseil, qui, établissoit la peine de mort contre ceux qui avance-roient de l’argent fur de nouveaux impôts. Mais les besoins publics dé-rangèrent toutes les sages mesures de Colbert. Après fa mort, la longueguerre qu’il y eut pour soutenir les droits du Duc d’Anjou à la Monarchied’Efpagne, obligea des Ministres moins habiles d’avoir recours à toutessortes d’expédiens pour fournir aux dépenses. On fit des changemens dansla valeur de la monnoie, & on porta la valeur du marc d’argent, à quaran-
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