540 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Section te livres idéales ; le Roi fut soulagé un moment pour être ruiné ensuite.
XX. Sous le Ministère de Chamillard, le Roi ne recevoit presque que la moitiéFin & ta- â'uu marc pour un marc entier; celui qui devoit vingt sept livres en i68z,rems Te donnoit un marc, & qui devoit quarante livres en 1710 ne donnoit qu'àLouisXlV. peu près ce même marc. Son successeur Desmarêts, neveu de l’illustre-- Colbert, ne put guérir un mal que tout rendoit incurable. On tenta inuti-lement de renouvelles le plan de Chamillard, en payant en billets de crédit,niais ils étoient déja décriés, & on les discomptoit à cinquante pour centde perte. Le désordre s’accrut & fut íì peu réparé, que malgré l’égalitéavec laquelle Louis XIV. avoit fait la paix à Utrecht avec les Alliés, &quoiqu’il eût donné la loi à l’Empereur à Rastadt, il laissa à fa mort deuxmilliards six-cens millions de dettes, à vingthuit livres le marc.
'Maires Nous finirons le tableau du fameux régné de Louis XIV. par un petitEcciéjìajlì- nombre dé remarques fur fa conduite envers le Clergé. Dans tous les Paysgués. de l’Europe où la Religion Catholique est dominante , on a eu de la peineà réprimer l’ambition des Ecclésiastiques, fans diminuer le respect nécessairepour que l’exercice de leurs fonctions ait de l’influence fur les mœurs, &pour que l’Eglife ne soit pas un corps fans vie. Jamais Prince ne fut mieuxque Louis XIV. soumettre les Ecclésiastiques à la puissance civile fans tou-cher aux droits de l’Epifcopat, & les faire contribuer aux besoins de l’E-tat, fans choquer leurs privilèges. Cela demandoit un mélange de dexté-rité & de fermeté, que Louis eut presque toujours. II fut attentif á con-server l'usage de l’appel comme d’abus au Parlement des Ordonnances Ec-clésiastiques, dans tous J es cas où ces Ordonnances intéressent la Juridic-tion Royale. C est ainsi qu’il soutint fréquemment les droits de l’Etat con-tre l’autorité Episcopale, & qu’il assura cette autorité même, en mainte-nant les privilèges de l’Eglife Gallicane contre les prétentions de la Courde Rome. Cela le fit regarder tantôt comme l’ennemi, tantôt comme leprotecteur de l’Eglife, mais Louis ne s’en inquietoit guere, pourvu qu’ilfût assuré de travailler.au bien public. Le droit de Régale, en vertu du-quel les Rois de France font en possession de pourvoir à tous les bénéficessimples d’un Diocèse pendant la vacance du Siégé& d’œconomifer à leurgré les revenus de l’Eveché, lui fut disputé par deux des plus vertueuxPrélats du Royaume. Le Roi fit valoir ses droits, & les deux Evêquesexcommunièrent les pourvus en Régale. Ils engagerent le Pape dans leurquerelle, & le Roi fans s’en embarrasser saisie leur temporel & maintintson autorité. On ne peut justifier la conduite de ce Monarque envers lesHuguenots; la Politique & la Religion condamnoient également une aussicruelle persécution. Colbert s’apperçut du fanatisme des Cevennes, & lefit servir au bien de l’Etat. Ses successeurs, comme fes prédécesseurs, sui-virent un autre système. La France fe dépeupla, I’Angîeterre & la Hol-lande se peuplèrent d’artifans industrieux. La vérité est que Louis étoitaigri par les disputes Ecclésiastiques ; les Calvinistes, les Jansénistes & lesQaiétisteS avoienc tour à tour causé des troubles dans l’Etat ; le Roi fou-haitoit l’uniformité de religion pour le bien de la paix ; malheureusement ilprit les mesures les plus propres à faire naître une guerre éternelle.