SectionXXI.Régné deLouis XV.jusqu’à pré-sent.
Suites decet établisftmcnt.
544 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
d’abord trente millions de souscrits. Ce seroit un détail ennuyeux que derapporter tous les expédiens dont le Régent se servit pour dépouiller lespeuples de leur argent. A la fin, aiant partie par adresse, partie par force,'trouvé moyen d’avoir presque toutes les efpeces du Royaume entre sesmains, il en fit battre de nouvelles, le Louis d’Or fut porté à trente-sixlivres, & tous ceux qui avoient des billets d’Etat furent obligés de le re-cevoir fur ce pied là. Ils furent même contraints fous des peines de por-ter toutes les vieilles efpeces à la monnoye ; & par toutes ces voies, oncompta par un calcul modéré, qu’on avoit attrappé au Peuple tout d’uncoup deux - cens millions. Le Parlement s’opposa à tous ces procédés in-justes, mais tous ses efforts furent inutiles. Le Régent voulut être obéi.Et pour fe mettre à couvert de l’indignation publique il s'allia plus étroite-ment que jamais avec la Cour de Londres, en excluant le Prétendant & fesadhérens pour jamais de France, & en garantissant la succession dans la li-gne Protestante; le Roi de la Grande Bretagne de son côté s’engageoit à unegarantie réciproque en faveur de la Maison d’Orléans.
Le mécontentement que la conduite du Régent caufoit en France, en-. couragea la Cour de Madrid à former des projets, dont nous avons parlédans l’Histoire d'Espagne, ainsi nous ne parlerons ici que des affaires in-térieures du Royaume. 11 est certain qu’en ce tems-là, les François au-roient été fort disposés à recevoir le Roi Catholique pour Régent, au lieudu Duc d’Orléans ; mais ce dernier avoit, outre l’appui de l’Angleterre,l’armée à fa disposition, ce qui fit avorter tous les projets contre lui. LeDuc de Richelieu & quelques autres Seigneurs furent arrêtés, parcequ’onles foupçonnoit d’être dans les intérêts de l’Efpagne, & on exécuta enAngleterre quelques personnes de qualité pour le même sujet ; mais le rudecoup que le Chevalier George Byng porta à la Marine d’Efpagne, délivrale Régent.de toute appréhension de ce côté-là. Cela l’enhardit à conti-nuer fes projets arbitraires pour dépouiller les François, & il trouva uninstrument très - propre à fes vues en la personne d’un Ecossois nomméJean Law,homme à projets, Law avoit formé celui d’une Banque, que JeRégent goûta tellement, qu’après savoir approuvé, il Rétablit au nom &fous l’autorité du Roi. Le Roi en aiant acquis toutes les actions en devintí’unique propriétaire , & du premier de Janvier 1719 elle fut déclaréeBanque Royale. Le Parlement de Paris refusa d’enrégistrer la Déclaration,prévoiant qu’en peu de tems les billets de banque n’auroient pas plus de va-leur que les billets d’Etat. L’opposition du Parlement fut inutile, on don-na un 'arrêt par lequel il étoit enjoint à tout le Monda de regarder la Dé-claration de rétablissement de la Banque comme si elle étoit enrégistrée auParlement, bien qu’il l’eût rejettée. On établit dans toutes les grandesvilles du Royaume des Bureaux pour donner des billets de banque & pourles payer, ensorte qu’au mois d’Avril 17x9, la régularité des payemens fitque le fond de la Banque fe trouva de cent millions.
L’établissement de cette Banque Royale n’étoit qu’une partie du vasteplan de Law. Il entreprit de perfectionner le projet du Mississipi, & ilfaut avouer qu’il y avoit quelque chose de grand dans ce qu’il proposoit,
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