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31 (1769) La suite de l'histoire de France depuis le règne de Louis XII jusqu'au tems présent
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HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. J45

son intention à part. Avant la fin de Tannée, la circulation des billets de Sectío:»la Banque Royale monta à mille millions ce qui étoit beaucoup plus que * Xxr.celle de toutes les autres Banques de TEurope. Pendant que les François *jouiíToient de leurs richesses imaginaires, au milieu de la pauvreté ; Law jusquâprepersuada au Régent de donner tous les privilèges de la Compagnie des In- sent.des Orientales à celle du Miíîìslîpi. Comme cette derniere avoit reçu en - 1payement de ses Actions des Billets dEtat fans aucun discompte, sa sou-scription originaire fut bientôt remplie, & en ajoutant de nouvelles sou-scriptions, le tout monta à deux - cens millions. Au mois dAoût 1719,chaque Action de cent livres se vendoit neuf-cens. Le Trésorier de laBanque Royale eut ordre de payer, à la Compagnie vingt-cinq millions delivres pour le commerce de la Louisiane. En un mot, fans entrer dans ledétail dun système que peu de nos Lecteurs comprendroient, la folie desFrançois en ce tems - alla si loin , que les Actions monterent à la fin à2050; & le total calculé à ce prix monta dans le mois. de Novembre &pendant une partie de Décembre à deux-cens vingt-huit millions de livressterling. En Décembre on donna un Arrêt, qui ordonnoit de ne recevoiraucun payement quen billets de Banque, en sorte que ces Billets monterentà la fin à un million de millions. On soupçonna alors que tout le manegedu Gouvernement ne tendoit quà fe rendre maître de toutes les especes duRoyaume, & de payer ses dettes en papier, dont la valeur dépendoit en-tierement de lui.

Au mois de Janvier 1720, Law fut fait Controlleur des Finances, &bien des gens le regardoíent comme le plus grand homme de TEurope.

Quelques Seigneurs aiant amassé des sommes immenses par les Actions desIndes, envoyerent leur argent hors du Royaume pour acheter des pier-reries, prévoiant ce qui arriveroit. Le Gouvernement en'aiant été in-formé , on publia un Arrêt, par lequel on défendoit sous de rigoureusespeines Tentrée & le port des diamans, des perles & de toutes sortes depierres précieuses. Nonobstant toutes ces mesures violentes , le Régent& le Controlleur des Finances, comprenant quon tenoit une grande partiede Targent caché, dònnerent un autre arrêt, qui permettoit aux Marchands& aux autres de faire sortir des especes pour acheter des marchandises. Enpeu de jours on vit alors beaucoup dargent circuler; surquoi parut un au-tre Arrêt qui dìminuoit la valeur des especes dor & dargent, & ordon-noit à ceux qui en avoient de les porter à la Monnoye, sous peine de con-fiscation , pour recevoir des billets de Banque. Cette rigueur naiant pastout le succès quon en attendoit, on donna à la Compagnie des Indes lepouvoir inoui de visiter toutes les maisons du Royaume, Laïques & Reli-gieuses, fans en excepter les Maisons Royales, & dy faire la recherchede Targent caché. Ces démarches & plusieurs autres dune autorité tiran-nique, réduisirent les François à Tesclavage & à la besace. Comme lesEdits précédens ne regardoient que Targent comptant divers étrangers &dautres personnes, qui en avoient beaucoup le convertirent en vaisselle,

L Ton trouva par les Livres des Orfèvres de Paris que dans Tespace detrois mois ils avoient fait cent-vingt mille douzaines daffietes, outre lesTome XXXI. Zzz