546 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Section plats dont la valeur montoit à sept millions, deux - cens mille livres sler-XXI. ] in g t en f U pp 0 sant que chaque plat valoit cinq livres sterling. Cela donna
louis XV.li eu à un nouvel arrêt, qui défendoit de faire aucune vaisselle d’or de plus
/usqu’à pré- du poids d'un once, & la quantité de vaisselle d’argent fut fixée à la quan-sent. tité nécessaire pour les usages de la table, au delà de laquelle on encourait
-des peines si l’on en fesoit fairg fans la permission du Roi. Ensuite on pu-blia Arrêts fur Arrêts pour obliger le peuple à recevoir des billets de ban-que pour de l’argent ; tout docile qu’il étoit, & tenu en respect par unenombreuse Armée, il fut sur le point de se soulever.
Chute du Cela détermina le Régent vers la fin de Mai 1720 à révoquer quelques-Syjlême. uns des Edits les plus odieux, & les François furent obligés d’être crédi-teurs les uns envers les autres, au lieu de l’être de la Couronne; ensorteque toute la France étoit comme ruinée, par quinze-cens millions de li-vres , qu’on avoit fait passer des mains de la Nation en celles du Roi. Ala fin, le Régent fut obligé de démettre M Law de tous ses emplois, &même de lui donner des gardes pour le dérober à la fureur du peuple ; ilsortit enfin du Royaume, sans avoir même fort augmenté fa fortune.Comme il aurait été impossible aux auteurs des iniques projets, dont nousavons parlé, de les exécuter, fans amuser le peuple par quelque chose quieût une apparence de réalité, on construisit ou prit au service de la Com-pagnie bien une centaine de vaisseaux. Cette bourde ne servit qu’à gros-sir la dépense publique , puisqu’on n’entreprit sérieusement aucun nouvelétablissement, ni n’ouvrit aucune nouvelle source de commerce. En fort:peu de tems la Compagnie du Mississipi fut anéantie, & le commerce desIndes Orientales & de l’Amérique remis fur l’ancien pié. On est encorepartagé fur les projets de Law. L’opinion commune est, qu’ils étoientchimériques, & adaptés seulement aux vues du Régent, qui étoient d’ap-pauvrir les François, dont il étoit haï. D’autres, qui prétendent être plushabiles, pensent que ces projets étoient fondés fur deux maximes de com-merce & de Politique , & qu’ils n’échouerent que par l’impatience desFrançois, qui n’attendirent pas ce qui en pouvoit résulter. Les raisonsdes derniers pourraient être de quelque poids, s’ils étoient en état deprouver , que le commerce du Mississipi pouvoit jamais rendre assez consi-dérablement , pour indemniser ceux qui perdirent, en réalisant leurs sou-scriptions.
Pe/le à Outre ces malheurs causés par le système , la France fut affligée d’uneMarseille, calamité naturelle , & il n’y a pas de nation en Europe, qui eût pu sipromptement se relever. Un vaisseau arrivé de Sidon à Marseille y ap-porta la peste, dont quelques -uns des porteurs, qui aidèrent à le déchar-ger moururent. Les Magistrats firent courir le bruit que ce n’étoit qu’unefièvre maligne, desorte que le commerce ne fut pas interrompu, ce qui fitque la peste se répandit dans toutes les Provinces méridionales du Royau-me ; & on compta que dans la feule ville de Marseille il étoit mort quarantemille personnes durant le mois de Septembre. Le Gouvernement prit degrandes précautions, fit tirer des lignes de circonvallation, établit des pa-trouilles, & décerna même la peine de mort, pour empêcher la contagionde se répandre, & enfin elle cessa,après avoir fait d’inexprimables ravages.