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HISTOIRE DE LA COMPAGNIE ANGLOISE"
Section ne peut pourtant pas inférer de-là, qu’il y eut une forte ds commerce dí-I rect entre notre Iíle & ces Royaumes éloignés ; cette assertion n’a pas fai-Frenitem lement l’apparence de vérité : il est vraisemblable au contraire que nous neííom âfc connoissions les productions de l’Orient que par le canal des Vénitiens, qui,des. An-’ conjointement avec les Génois, les Pisans & d’autres Etats libres, s’e'toientglois tux rendus maîtres de ce riche commerce, depuis le tems que les Barbares duNordIndes. avoient ruiné l’Empire Romain, & avec lui tout le commerce de fOrient ,
3 " ui avoit changé de cours, & étoit passé d’Alexandrie à Damas, à Alepc à Trébifonde. Notre Iste recevoit les marchandises de l’Orient de Ve-nise , par un gros vaisseau bien chargé qui venoit les apporter tous les ans ;& comme les Vénitiens y mettoient le prix qui leur plaifoit, elles coûtoientdes sommes immenses à la Nation. C’est íur ce pied-là que le Commercedes Indes continua jusqu’au régné de la Reine Elizabcth , qu’une CaraqueVénitienne extraordinairement chargée fit naufrage sur fille de Wight. Lrvue de ce bâtiment donna une grande envie à nos Marchands de tenter lecommerce par la Turquie, la feule route par laquelle les marchandises desIndes venoient en ce tems-là («). C’est ce qui donna naiíîànce au commer-ce du Levant , & ce qui fut le fondement de notre commerce avec l’O-rient ; bientôt on le fit directement, fur les lumières que donna le Cheva-valier François Drake , après qu’il fut de retour en 1580 de son voyage au-tour du Monde (*). 0
Ccmmme Dès auparavant, le Grand-Seigneur avoit accordé des privilèges extraor-de Tur- dinaires pour Rétablissement dá commerce de Turquie, en vertu d’un Trai-1 uîe ' té entre la Reine d’Angleterre & la Porte. On regardost alors les Mar-chands
(çi) Voy. de Iiapin fous ce régné. Doâfej Hist. Vol. II.
dent ( 1 ). Lorsque les Goths & les Vandales inondèrent l’Empire Romain, le Commercepsr la Mer Rouge & par Alexandrie cessa, & se fit ensuite par la voye de Trébifonde, deDamas & d’Alep, d’où les Vénitiens, les Génois, les Pisans &c. transportoient les mar-chandises des Indes, qui se débitoient non seulement dans les Pays fur la Mer Méditer-ranée, mais en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Angleterre, & dans tout le Nord. C’é-toit-là ce qui faisoit le Commerce de Bruges, cette ville étant comme le Magazin des Paysdu Nord, dont les Marchands de Bruges échangeoient aux Italiens les marchandises pourcelles de l’Orient.
(*) Le Chevalier Guillaume Monfm fut témoin oculaire du naufrage de.la Caraque Vé-nitienne, dont il a donné une Relation détaillée & claire. Après quoi il ajoute : „ Vers„ ce tems-là nos Marchands de Londres commencerent à faire-réflexion fur les grandes„ & inellimables richesses que les Vénitiens apportoient dans le Pays, 11s délibérèrent„ fur la tnaniere d’avoir ces marchandises par une voye plus directe, & de ne pas les„ tenir de la seconde main: ils résolurent donc de tâcher d’obtenir, par la faveur &„ les Lettres de la Reine , du Grand-Turc la liberté de trafiquer en droiture d’Angle*„ terre en Turquie , & dans les Etats de fa domination avec des Vaisseaux Anglais,„ fans être obligés de se servir d’autres. La Reine écrivit, & le Grand-Seigneur reçut,, fort honnêtement les Lettres de cette Princesse, comme on le volt par ses Réponse 5 »„ que l’on conserve encore. Enfin on convint des articles , & les Sujets de Sa M 3 '„ jesté obtinrent de grands privilèges & des immunités , dont ils ont joui toujours-„ paisiblement depuis ( 2 ) C’eít ain.fi que nous ouvrîmes un Commerce avec les i Il ‘des par le Levant, quelques années avant qu’on entreprît de 1c- faire en droiture. - .
fl) Seklhe, Il;st. Vínct. L. II. Dsndnlt Hist. (~J Sir WiLlitu» MjnÇon’s Vojag. p. fi*.
di Ven. L. I, \