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HISTOIRE DE L’EMPIRE
Sect.VIII.Hijl. d’Al-lemagne,1314-1400,
Projet deVoyage deCharles IVU craintesdu Pape.
Alpes & joindre leurs forces aux siennes contre leur ennemi commun, oucelui de le réconcilier avec Jean Vifcontì, ce qu’il paroisiòit même desirer.Les Florentins étoient damant plus disposés à préférer le dernier de ces deuxpartis, que dévoués au Pape & Guelfes déclarés, ils ne pouvoient suppor-ter l’idée d’une confédération avec l’Empereur qu’ils regardoienc comme lechef des Gibelins, & conséquemment comme l’implacable ennemi du S. Sié-gé. Mais ils connoisiòient fort mal Charles IV & ils étoient fort loin de fedouter qu’il n’exiítoit point de Guelfe auslì fortement soumis qu’il l’étoit auxvolontés du Souverain Pontife.
Ce que Charles desiroit alors avec le plus d’ardeur étoit d’aller en Ita-lie non pour y rétablir les droits de l’Empire; il étoit fur cet objet de laplus grande indifférence, mais afin d’y jouir de l’enorgueillissante satisfactiond’y être couronné dans la Basilique de 8. Pierre, ou des mains du Pape lui-même, ou du moins par quelques Cardinaux. Dans cette vue il envoya desambassadeurs à la cour d’Àvignon chargés de demander à Clément VI com-ment il vouloit que le chef de l’Empire fe conduisît dans ce voyage. Quel-ques raisons qu’eût le Souverain Pontife d’être persuadé de la soumission d’untel Monarque, la nouvelle de son passage en Italie ne lui fut rien moins qu’a-gréable & il fe hâta d’écrire aux villes Guelfes pour les engager h lui envo-yer incessamment des députés à Avignon, afin qu’il pût connoître leurs in-tentions & fe conduire de concert avec elles (i)- Les Florentins & lesSiennois violemment pressés par l’Archevêque de Milan, se déterminèrent happeller l’Empereur à leur secours quelque répugnance qu’ils eussent à se li-guer avec celui qui par son rang étoit le chef des Gibelins, & ils firent partà Clément VI de cette résolution; ils étoient vivement pressés par Jean Vis-comti, qui maître déjà de la plupart des terres du Pape, pour prouver à quelpoint il s’embarrassoit peu du S. Siégé & de ses foudres, imagina de publierun libelle en forme de lettre sous le tître de lettre du Diable à son vicaireClément VI & aux Cardinaux conseillers de la cour infernale. Dans cettelettre atrocement plaisante, l’Archevêque de Milan faisoit la satyre la plusamere des vices qu’il fupposoit déshonorer l’Eglise, son chef & les princi-lan contreïe paux membres; il exortoit fur-tout Clément VI & les Cardinaux à ne ré-Pap e U le pandre que des instructtions conformes à leur scandaleuse vie, &, se plai-Citrgé. g no ic très-vivement du ton de zele & de décence que le Souverain Pontifeprenoit dans ses bulles, & à ce íújet il faisoit une peinture très-peu édifiantedes mœurs peu régulières de Clément VI, qui à la vérité n’étoit pas exemptde reproches par son goût outré pour le faste, par fa dévorante ambition,& l’empire qu’il laissoit prendre fur lui - même & dans fa cour à quelquesjeunes femmes qui ne le quittoient pas & difpofoient astèz indécemment descharges & des bénéfices auxquels pour de l'argent elles faisoient nommerd’afièz mauvais sujets ( 2 ). Cette outrageante plaisanterie ulcéra d’autant plusle Souverain Pontife, qu’il étoit hors d’état de se venger de celui qui l’avoitpubliée: en effet, l’Archevêque de Milan fe trouvoit alors le plus fort,mais bientôt informé de la prochaine arrivée de Charles IV en Italie, ií
Satire vio-lente de/’ Archevê-que de Mi*
(1) Spener Raynald ai ann. 1351. No 30. (2) Albert. Argentin, p. 150. Mat-
thieu Viilani. L. 2. c. 48. Pleury. T. 20. L. §6.