î(5s HISTOIRE DE L’E M P I R E
Sect.VIILIiist. d’Al-lemagne,1314-1400.
Ex Mitionsde CharlesIV.
ment le peuple, s’crigea en tyran, & fit mourir fans cause, par la main àbourreau, un Romain respectable par son rang & fort chéri de fes conci-toyens. A cet acte d’atrocité le peuple furieux prit les armes, courut au pa-lais de Rienzi, qui tenta vainement de fe sauver, fut reconnu dans fa fuite,percé de coups, mis en pieces, & les membres de íòn corps attachés augibet (1). Le Légat Albornos appaifa les Romains justement irrités, &,vainqueur de Jean de Vico, il fe difpofoit h unir fes forces à celles qu'ilcfpéroit que l’Empereur conduiroit en Italie où il étoit fort impatiemmentattendu, mais avant que de fe mettre en route, Charles IV, aíin de sulfu-rer par lui - même que rien n’éxigeoit plus fa présence en Allemagne, par-courut la plupart des villes impériales, fe rendit à Metz où il érigea le Com-té de Luxembourg en Duché, & le Comté de Bar en Marquisat; il fit ausitquelques voyages de dévotion, qui lui valurent la douce satisfaction defe procurer encore quelques reliques : il fit même quelques hostilités pour lamaison d’Autriche contre les Suiflês, seconda de toute fa puissance Albertle contrefait, avec lequel il assiégea Zurich (2) : ne retira que de la hontede cette expédition, & fut plus heureux contre les habitans de Wùrtzbourg,révoltés contre leur Evêque, & avec lequel il parvint de les réconcilier (3).
Cependant les villes d’Italie qui s’attendoient à voir arriver le Chc-f del’Empire à la tête d’une formidable armée, furent bien étonnées lorsqu’elles-apprirent qu’aprcs avoir pris les plus sages précautions, pour que rien pen-dant son absence ne pût troubler la paix qu’il avoit affermie dans fes Etats;il s’étoit mis en marche, escorté feulement de 300 chevaux, à la tête def-quels il entra en Lombardie, accompagné de Nicolas de Luxembourg, sonfrere naturel & Patriarche d’Aquilée. Dès son arrivée chez les Lombards,il envoya demander au Pape, par Thierri Evêque de Mindea, la permissionde fe faire couronner h Rome. Très-content & peut-être même fort éton-né de cet acte de foumiííìon, Innocent VI ne manqua point à écrire au Mo-narque , une fort longue lettre dans laquelle, après s’être excusé fur les gran-des affaires qui ne lui permettoient point d'aller faire lui-même cette céré-monie, il lui écrivit en style qu’il croyoit fort sublime & qui étoit très-ridi-cule, les devoirs d’un Empereur, dont on sent bien que les principaux étoientde défendre la liberté Ecclésiastique, de protéger & d’accroître les droits del'Eglise Romaine, & d’avoir le plus profond respect pour tous les membresde la Ilyerarchie. Ce beau sermon fit fur le Prince auquel il étoit adresséla plus forte impression, il n’afpiroic qu’au bonheur de fe voir couronnerdans l’Eglife de 8. Pierre, mais avant que d’en venir à cette cérémonie, ilfallcfit, suivant l’usage, recevoir h Monza dans le Milanez la couronne defer, & l’on craignoit quelque opposition de la part des trois neveux de JeanVifconti, mort depuis quelques mois, & fur-tout de la part de Robert Vif-conti, successeur de Jean à l’archevêché de Milan. Innocent VI, afin delever toutes difficultés à cet égard, commit le foin de cette cérémonie auxtrois Patriarches, d’Aquilée, de Constantinople & de Grado; à ce sujet mê-
(1) Raynald ad ann. 1354. N». 16. (2) Voy. dans cette collection YHistoira de3
Cantons Suisses L. 24. ch. 25. scct. 4. Toin. 39. (z) Albert. Argentin, pag. 158, 155»,
ió2. Spener Tom. 2. Lib. 2. cap. 2.