D’A LLEMAGNE. Liv. XXV. Sect. IX. 231
regardé comme l'ami, le pere de ses peuples, & comme le plus fur des al-liés ; cependant il ne faisoic nulle difficulté de manquer de parole h ses sujets& de tromper ses alliés, pour peu que l’intérét, le plus puîslànr de ses mo-tifs, l’y engageât, & lorfqu’il avoit satisfait à son avarice, il paroiílbit acca-blé de chagrin, se condamnoit lui-même, détestoit sa conduite; mais n'avoirgarde de réparer les vexations ou les actes d’injustice dont ses sujets se plai-gnoient, ni les torts qu’il pouvoit avoir faits à ses alliés. Sigismond s’atta-choit aisément, mais il se détachoit avec plus de légéreté encore; rien n’é-toit moins sûr que son amitié, non qu’il maltraitât ceux avec lesquels il s’étoitlié, mais parce qu’il les accabloit de son indifférence & les abandonnoit, fansdaigner seulement s’informer de leur situation (i)-
Tous les auteurs contemporains ont néanmoins rendu cette justice à Sigis-mond, que le bon l’emportoit en lui fur le mauvais, & que ses grandes qua-lités faisoient oublier ses défauts. Du reste, ces auteurs le peignent commel’un des plus beaux hommes de son teins & de la plus agréable figure. IIavoit essuyé les plus cruels revers; mais son génie, fa valeur, son intrépiditél’avoient fait triompher de ses ennemis ; nous avons eu occasion de dire com-ment il reconquit la couronne que Charles de Duras avoit tenté de lui ravir.Après la mort de la Reine Marie son épouse, ses sujets soulevés s’étoientsaisis de lui, l’avoient même renfermé dans une étroite prison, & appellé,pour occuper le trône, Ladislas, Roi de Naples: cette disgrâce en apparenceirréparable, n’abattit point ce Prince; sa prudence & la fortune lui rendirentla liberté, &, malgré le rival que les Hongrois lui a voient donné, il remon-ta au trône, & transmit à ses defcendans ce même sceptre qui avoit tant defois échappé de ses mains (2).
Elevé aU trône de l'Empire, Sigismond répondit à l’atrente des peuples;par lui la sûreté du commerce suc rétablie, les impôts furent en très-grandepartie supprimés, & la paix assurée dans les divers Etats de l’Empire. II pa-cifia auífi la violente querelle qui divisoit Guillaume de Berg & Théodoricde Meurs, élevés l’un & l’autre au Siégé de Cologne ; le premier confirmépar le Pape Grégoire XII, & Théodoric par le Pape Jean XXIII, cette dou-ble élection avoit occasionné de cruelles hostilités, & les deux partis s’étantrencontrés aux environs de Paderbon, s’étoient livrés une bataille meurtrière;la victoire s’étoit rangée sous les drapeaux de Théodoric, qui rentrant entriomphe à Cologne y avoit été proclamé seul & légitime Archevêque; Guil-laume de Berg soutenu par le Duc Adolphe de Berg son frere, & par leDuc de Brunswick tâchoit encore de soutenir ses droits, lorsque par la mé-diation du nouveau chef de l’Empire, Théodoric accorda la paix à Guillau-me de Berg, à condition que le dernier renonceroit à tous ses droits fur lessièges de Paderbon & de Cologne; afin même qu’il ne pût tenter encore defaire valoir ses prétentions, Théodoric lui donna fa niece en mariage, &Guillaume de Berg, qui n’étoit point encore engagé dans les ordres sacrés,préféra la poflèífion paisible de la fille du Comte de Tecklembourg, niece deThéodoric, à l’espérance très-incertaine de remonter un jour fur les sieges deCologne & de Paderbon (3).
(1) Histor. Sigismond. apud Vanderhardt. (2) Cuspin. HeiíT. Eccard, (3) Go-belin. Cojm. «k, 6. c. 7, 8. &c.
fíist. c!'Al-lemagne ,
1400-1440.
Par quellesdisgrâces ila été éprou-vé.
Sages ccm-mencemensde sm ad-ministra-tion.
14U.