D’Á L L E M A G N E. Liv. XXV. Sect. IX. 275
vous avez permis que le Pape proscrivit & frappat d’anathême le Royaume ^par une bulle ci'excommunication, mais vous même avez fait publier cette lemiûnébulle par un décret donné à Brcslaw; c’est cette malheureuse & injuste cen- 1400-1440.sure qui nous faisant regarder comme des hérétiques par les Princes Aile-mands, a mis à feu & à sang ce Royaume, fur lequel vous voulez cependantrégner &c.” (i). Cette lettre des Huffites étoit fort embarrassante; en effet,elle étoit d’autant plus pressante, que Sigismond ne pouvoit en aucune ma-niéré justifier la foiblesiè qu’il avoir eue de laiílèr périr dans les supplices JeanIìus, dont il avoit garanti la vie & la liberté: néanmoins, se persuadant tou-jours qu’en Bohême les Catholiques étoient encore les plus forts, fi ce n’d-toit par les armes, du moins par le nombre, il répondit aux Bohémiens „ qu’ilétoit très - innocent de la mort'de Jean Hus (ce qu’il eut eu bien de la peineà prouver) & que l'excommunication dont ils se plaignoient n’avoit été lan-cée que sur des scélérats, qui, après avoir ravagé les biens ecclésiastiques,massacré les religieux & pillé les églises, avoient exercé un brigandage af-freux dans la Bohême: enfin, que quant à lui, s’il avoit enlevé les chartres& les joyaux de la couronné, ç’avoit été pour les mettre h l’abri de cettefoule de mauvais citoyens”. 11 y avoit dans cette Jettre bien de la mal-adrefiè;car ces brigands, ces scélérats que Sigismond peignoir de si noires couleurs,étoient justement les Huífites, c’est-à-dire la plus grande partie des Bohé-miens: aussi produisit elle les plus mauvais effets; elle aigrit les esprits, &les Bohémiens furieux vouant à Sigismond une haine irréconciliable se livrè-rent à tout ce que la fureur & la rage ont de plus violent. B.'incendie, lemeurtre, le carnage furent les premieres marques du refièndment des Hussi-tes: tous les citoyens catholiques, religieux ou prêtres furent proscrits, pour-suivis & cruellement mis à mort. La contagion du fanatisme gagna tous les Furtun &citoyens, au point qu’il n’y eut plus entre eux de distinction de rang ni de excêi dtsnaisiànce, ils penfoient & agiífoient tous en forcenés. Le bourreau de Pra- Ilu U lKS 'gue à la tête d’une troupe de scélérats se signaloit comme les autres par descrimes affreux, & se regardant lui-même comme un Général respectable, ilinvita le Comte de Rosemberg à une fête, où le Comte eut la bassesse de serendre, & l’insolence du bourreau s’accroiffant à proportion des égards qu’onlui témoignoic, il demanda au Comte le gouvernement d’une place, qui jus-qu''alors n’avoit été confiée qu’à des seigneurs illustres (2).
Sigismond voyant, mais trop tard, la faute qu’il avoit faite de pousser lezBohémiens à bout, & hors d’état de réparer le mal qu’il avoit fait, s’adresiàaux Etats de Silésie pour en obtenir des secours qui lui furent promis, & quiaprès bien des délais lui furent envoyés: il fit palier en Bohême un corps dedix mille Silésiens ; mais ces troupes, au lieu de rétablir le calme, ou d’ar-rêter les fureurs des Huffites, profitant de la confusion & des désordres quibouleversoient ce Royaume, passèrent de province en province, ravagèrentcruellement tous les lieux où elles porterent leurs pas, & s’enfuirent honteu-sement aussitôt qu’elles reçurent la nouvelle de la marche des Huffites. Eton-né des maux irréparables que continuoit de causer le supplice trop hâté deJean Hus, que peut-être il eut été possible de ramener si l’on eut ul’é de plus
(1) Id m iiii. (r) Thcob. Hift. Hujs. Haïr. fíijl, á'Alkm. Tom. 7. P. 251. If juiv.
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