D’A L L E M A G N E. Liv. XXV. Sect. X. zrz
naissance du fils d’Elisabeth leur légitime Souverain. On a vu que le Roi de H{ ^ d . Af;Pologne ne persévéra point dans ce noble désintéressement: dans un tems où lemagne,on ne lui offroit plus ce trône il conçut le désir de l’usurper. Dans cette 1440-1519.vue, il combla de bienfaits les seigneurs de Iiongrie les plus puissans, & à ' '-" i
force de présens se fit un parti 6 nombreux, que la plus grande partie desHongrois s’attacherent à lui, & fous prétexte que l’Etat avoit besoin d’unPrince habile, capable de résister aux Turcs qui menaçoient le Royaume, leproclamèrent Souverain. II le fut presque sans contradiction, car le jeune La-dislas élevé loin de la Hongrie n’avoit presque point de partisans dans ceRoyaume. II est vrai qu’ii avoit pour tuteur le chef de l’Empire, mais Fri- Ladìflu 'derîc, soit que les affaires de l'Eglise l’occupassent tout entier, soit excès de R» * P*timidité, ne réclama seulement pas les droits de Ladislas qu’il eut du défen-dre de toute fa puissance, & il parut fi indifférent, que le Roi de Pologne Hongrie*eut tout autant de tems qu’il lui en falloit pour s’affermir dans son usurpa-tion (1).
La conduite du Roi de Pologne étoit injuste, celle de Frideric fort lâche»le Pape Eugene montra en cette occasion que son ingratitude égaloit tout aumoins la méscstimable indolence du chef de l'Empire. En effet, le souve-rain Pontife ne pouvoit ignorer que, quelqu’indifférence que Frideric témoi-gnât, il devoit au fond lavoir très-mauvais gré au Roi de Pologne de sonusurpation, & qu’il ne pouvoit qu’être offensé de l'atteinte portée aux droitsde son pupille. Eugene cependant ne fut pas plutôt informé de cet attentat ingratitudeque bien loin de le condamner, il se hâta d'envoyer à l’ufurpateur le Cardi- i’Eugene*nal Julien pour le féliciter de son avènement au trône de Hongrie, & Tinvi-ter h secourir le Dîspote de Rascie (2) dépouillé de ses Etats par Amurath, Em-pereur des Turcs. Ladislas, nouveau Roi de Hongrie fut si flatté de la démar-che du Pape, qu’il se hâta de demander contre Amurath d u secours aux Che-valiers Teutons, mais ceux-ci épuisés par la guerre désastreuse qu’ils avoienteue h soutenir contre la Livonie, se trouvoient tout à fait hors d’état d’en-treprendre de nouvelles hostilités contre des ennemis aussi redoutables que Fé-toient alors les Ottomans. Le refus des Chevaliers Teutons ne déconcertapoint Ladislas, il se ligua avec les Bohémiens, les Poionois & les Vainques,qui tous également intéressés à s’opposer aux entreprises d’Amurath, soumi-rent des secours si prompts à Ladislas, qu’à la tête d’une armée de 40,000hommes, il marcha contre les ennemis d’Etienne, Despote de Rascie. Amu-rath de son côté mit en campagne environ 80,000 hommes sous les ordresdu célébré Scanderberg, Bacha de Romanie. Les deux armées se rencontrè-rent sur les bords de la Riviere de Morave, & presqu’au même instant lecombat s’engagea; il fut sanglant, meurtrier & décisif, malgré l’habileté deScanderberg & sa valeur, la victoire se rangea du côté du plus petit nom-bre. Le fameux Hunniade se couvrit de gloire dans cette bataille ; Ladislasmit en fuite les Ottomans, il en tua plus de vingt mille dans leur retraite,
& les eut poursuivis jusqu’au de-là des frontières de la Macédoine si le fierAmurath, humilié par ce désastre & craignant de voir ses provinces ravagéespar le vainqueur, n’eut demandé la paix, qui lui fut accordée aux conditions
(1) Dugloffi, Aeneas Sylvius. (2) Aujourd’hui !a Servie,
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