376 HISTOIRE DE L’E M P I R E
Sect. XI,fí'st. d’Al-lemagne ,
1519-1558.
Intriguesde Charles.
Mais le succès ne répondit pas à des espérances qui paroiffoient si bien fon-dées, Ce Prince ignoroit les démarches & les reílòurces de l’Archiduc, ilavoit beau se persuader que les Electeurs craindraient de se donner un chef,qui régnoit sur les plus grandes & les plus riches Provinces d’Allemagne ;les manœuvres sécrétés des négociateurs qui travailloient pour Charles, rem-portèrent fur toute autre considération. (1) Albert de la Mark, Seigneur deSedan, & son frere Evrard, Evêque de Liege, furent les principaux auteursde cette intrigue. (2) Mécontens de la France, ils allerent offrir leurs ser-vices k Charles d’Autriche, qui les accueillit avec le plus grand empresse-ment. Le Prince entrevit fans beaucoup de peine, que leur défection rui-nerait infailliblement les prétentions de son rival, puisque c’étoit par leurcanal, que le Roi de France espérait d’acquerir les suffrages des quatre Elec-teurs dont il s’étoit déjà flatté, & qui lui étoient nécessaires pour parvenir àl’objet de ses vœux. Ces deux Seigneurs commencerent par gagner à leurparti, le fameux FrancisqueSickingen, (3) qui par ses correspondances sé-crétés avec les cercles de l’Empire & par ses talens pour les négociations,- pouvoit faire pancher la balance du côté qu’il voudrait favoriser. Le pre-mier effet de leurs démarches combinées, fut d’abord de détourner l’Eiecteurde Mayence, de se rendre aux sollicitations de François I. Pour mieux iel’attacher, ils lui persuadèrent de mettre sur les rangs son frere l’Electeur deBrandebourg. On lui promit que si P Archiduc ne pouvoit parvenir k l’Era-pire, on lui procurerait la voix de Bohême. Ils s’adrelferent ensuite à l’Elec-teur de Saxe & à Louis, Comte Palatin, & ceux-ci promirent leurs suffragesà Charles.
Les
Fleur anges. Dans notre siecle tout au moins aussi corrompu, on cache mieux ces moyensde séduction; mais par malheur les employé t-on d’avantage , & fur des âmes viles plusefficacéinent en plusieurs autres occasions; car malgré les largesses de François I , laplûpart des Electeurs ne coufultoient que le bonheur de l'Empire & les suites d’uneélection précipitée ou peu réfléchie ; moins touchés de leur avantage particulier, que desinconvéniens qu'ils voyoient de part & d’autre, ils sirent tous leurs efforts pour se sou-straire également aux importunités des deux concurrens & à la nécessité d'opter entr’eux.„ Ils auroienc voulu, dit un de nos Ecrivains, ne se point laisser emporter par des„ impressions étrangères dans un choix qui sembloit devoir être libre.” Si le hazard de lanaissance, peut faire tomber les trônes héréditaires à des Princes qui n ont pas les qua-lités nécessaires pour gouverner; la corruption & la violence ne mettent que trop sou-vent les couronnes électives fur des têtes indignes de les porter: inconvénient pourinconvénient, celui des successions est préférable; il évite du moins les intrigues pres-que toujours suivies de guerres funestes , occasionnées par la vengeance & le dépit duconcurrent rejeté.
(1) Hist. Éleêl. Part. II. (2) Chapeauvilie de EpiJ. Leo:l. Mém. du Bellay.
(3) Sickingen étoit un Gentilhomme de l’Alsace, qui s’étoit acquis une grande ré-putation à la guerre , soit contre la Ville de Metz, soit contre le Landgrave de Hesse,& les Abbés de Fulde. 11 avoit été prévenu fur le dessein de François I, par Buisson],gentilhomme du Dauphiné, qui le persuada de faire un voyage en France à ce su-jet, où il fut magnifiquement traité en p ré sens & en pensions; mais comme on ne luitémoigna pas toute la confiance à laquelle il s’étoit attendu pour cette affaire , ils’en retourna peu satisfait & bien décidé de rompre avec la France à la premiere occa-sion: quelques démêlés d'intérêt avec les Marchands de Milan, lui en fournirent bien-tôt le prétexte, & Robert de la Mark lui ayant offert de le comprendre dans le traitéqu’il négocioit avec la Maison d’Autriche, .il passa avec lui au service du Roi d’Espa-gne. Foy. Chr, MJs, de Metz, tìist . de Lorra.ne, Mim, de Fleur anges.