HISTOIRE DE L’EMPIRE
Scct. XI.Hift. d’Al-Jeraagne,1519-1S58.
Son arrivéeen Angle-terre.
Intriguesde í'Empe-r mr É? duCardinal deJVolfey , au-près de
UmiVlll.
V Empereure/l couronnéà Aix - la-Chapelle,
ses intérêts & les plus capables de prévenir & de calmer les troubles dom-6croyoit être menacé. 11 s’embarqua le 15 e du mois Mai, & malgré les ventscontraires qui le retardoient, il arriva en peu de jours fur les côtes d’An-gleterre. La cour de Londres qui ne l’attendoit pas, parut fort surprise;mais le Cardinal Wolfey, qui avoit ménagé cette visite & qui en étoit con-venu secrètement avec Henri VIII, obtint la permission d’aller complimenterl’Empereur à Douvres, où il s’étoit arrêté pour se raffraichir. Le MonarqueAnglois s’y rendit aussi le lendemain & ils prirent ensemble la route de Can-torbery, où Henri fit venir la Reine, qui témoigna la plus grande satisfactionde voir l’Empereur son neveu, qu’elle n’avoit jamais eu le plaisir d’embrasser.Charles V employa tous les ressorts de fa politique, pour détourner le Roid’Angleterre de l’entrevue qu’il s’étoit proposé d’avoir avec le Roi de France ;tout cet entretien fe passa à lui faire sentir les raisons qui dévoient déterminerHenri h abandonner François I. Le Roi d’Angleterre fe borna à lui promet-tre de ne prendre aucun engagement qui pût être défavorable à l’Empereur.Charles fe contenta de cette promesse, bien assuré que l’esprit intriguant duCardinal de Wolfey en obtiendroit d’avantage. Charles lui avoit promis,qu’après la mort de Léon X, il fairoit tous ses efforts pour l’élever au Sou-verain Pontificat: à quoi l’ambition n’engage-t-elle pas les hommes! car ç’eut•été une honte pour Charles, s’il eut réussi à mettre la Thiare fur la tête deWolfey, grand - Miniltre à la vérité, mais d’un caractère atroce & digne defa naissance : fils d’un boucher, il dut le commencement de fa fortune h ladépravation de ses mœurs ; il s’avança par son génie & parvint à la plusgrande élévation en flattant les passions effrénées & son maître. Charles quile connoissoit n’eut pas honte de le traiter de son Cousin & même de son pere.Ce qui justifie en quelque sorte ce Prince, c’est qu’il n’avoit aucune intentionde le faire monter au siégé de Saint Pierre, comme la fuite le prouvera.
Charles quitta la cour de Londres avec de grandes espérances de la réussitede ses projets , & s’embarqua le 30 Mai pour fe rendre dans les PaysBas: de Zélande il alla à Gand où l’Archiduc Ferdinand son frere vint audevant de lui, accompagné de vingt-quatre seigneurs de la premiere qualité.L’Empereur fit son entrée au bruit d’une nombreuse artillerie & au milieu de labourgeoisie fous les armes. L’Electeur Palatin & celui de Saxe députés parle College Electoral, vinrent le complimenter. Charles les accabla d’honneurs& de caresiès. L’Electeur de Saxe lui marqua plus d’égards que les autres,& le Prince parut pénétré d’une sensibilité qui annonçoit l’obligation qu’il luiavoit de son avènement au trône Impérial. Après un mois de séjour en Flan-dres, où Charles reçut avec amitié ses nouveaux sujets, leur rendit toute jus-tice , & leur accorda toutes les faveurs & toutes les grâces qu’ils pouvoientdésirer, il partit pour Aix-la-Chapelle, (1) où fe fit la cérémonie de soncouronnement, selon les formes & les cérémonies prescrites par la Bulle d’or,le 23 d’Octobre 1520. L’Electeur de Mayence le harangua au nom du Col-
(1) Sa fuite étoit plus nombreuse & plus magnifique que celle qu’il avoit eu en Flan-dres. La noblesse des Pays-Bas fcrmoit son cortege. Elle se faiso/t remarquer par labèautt des chevaux & par la richesse des habits. Les Electeurs vinrent au devant deliai à h tête de 130 Princes, Ducs, Comtes, Marquis & Barons, & d’environ deuxcen»gemilsivûiuies des plus considérables maisons d’AiJeraagne.