4-6 HISTOIRE DE L’EMPI RE
Sect. XI.Hijl. d’Al-lemagne,ISI&I558.
Sévérité deGbirlisF*
Humilia -tion ciu Ductie Cleves,.
sur la brèche pour recevoir les aiïaillans; mais dès le premier choc il fut tué;'les Espagnols encrèrent dans la place, & l'on vit alors commettre le plus ef-froyable carnage dont on eut entendu parler depuis longtems; soldats, en-fans, femmes, vieillards, tout fut passé au 61 de l’épée: rien de vivant neresta dans la ville, que les vainqueurs, ou plutôt les bourreaux. Charles vitce massacre avec la même tranquillité qu’il l’avoit ordonné. Cet exemple debarbarie, qui ne lui fembloit qu’une juste sévérité, répandit la terreur dansJuliers & dans les places voistnes ; dès qu’on vit que la vengeance de Charlesconfondoit les innocens avec les coupables, qu’elle condamnoit de sang froidtouc un peuple à la mort, pour avoir été stdelle à son Prince, le Duc ne.trouva plus ni sujets, ni amis: on courut au devant de Charles pour lui ap-porter, en tremblant, les clefs des villes. Le Duc attendoit toujours far-inée Françoise, qui dévoie arriver fous la conduite du célébré Annebaut,mais, ne la voyant point paroître, il prit un parti cruel pour fa sterté, & leseul qui convint è fa fortune, celui daller fe jeter aux pieds de l’Etnpereur;,dans cette démarche il auroit pu du moins mettre moins d avilissement qu’il nefit, & paroître céder non h la crainte de périr lui - même, mais à celle devoir périr ses sujets: il ne parut songer qu’à son propre salut.
L’Empereur étoit assis, la tête couverte; son geste étoit fier, ses regardsmenaçants; il fronçoit le sourcil, & les spectateurs les moins intéressés a cettefeene n’étoient pas moins frappés de terreur, que Guillaume de Cleves lui-même : il entra d’un pas lent & incertain, les yeux fixés à terre, non com-me un vassal qui paroît devant son seigneur, mais comme un coupable qu’ontraîne devant le Juge qui va prononcer fur son fort. II fondoit en larmes;il fe mit à genoux & d’une voix étouffée, il bégaya ces mots: „ très-Auguste„ Empereur, je fçais touc ce que j'ai mérité, votre vengeance n’égalera ja-„ mais mon crime. Je viens me livrer à votre colere, ou si ma situation„ touche votre cœur magnanime, recevoir ma grâce, dont je me sens indi-„ gne.” L’Empereur abbaissa fur lui un regard non de pitié, mais de mé-pris (1). „ Votre crime est si énorme, lui dit-il, que l'humiliation où je
„ vous vois réduit, ne fait accume impression fur mon cœur: vous avez í眄 me forcer à être insensible, moi qui n’ai jamais vu les larmes des malheu-„ reux, fans me sentir prêt à en répandre moi-même: j’ai fait serment de*„ van t tous mes officiers de ne vous pardonner jamais; non, que la ven*„ geance ait des charmes pour moi;mais parce que l’Empire, que vous avez:„ offensé, veut être vengé par mes mains; parce qu’il faut effrayer ceux quî„ pourraient vous imiter: vous fçavez combien je fuis fidelle à ma parole,,„ & d’après la connoiíïànce que vous avez de mon exactitude à la remplir,,vous ne devez attendre que votre perte. Mais tel est mon penchant pour„ la clémence,, que, satisfait de l’exemple de sévérité que j’ai donné dans„ Duren, je veux bien violer mon serment en votre faveur & vous faire„ grâce.!’ A ces mots , Guillaume embrassa les genoux de l’Empereur.Ce Prince le releva & lui permit, de baiser fa main ; il lui donna une nou-velle investiture de ses Etats, qui, difoit-il, avoient vaqué par fa félonie.lk conclurent ensuite un traité qui portoit (2) „ que fa Majesté Impériale
(1) Routait, - Chron, Ceíd, p, 842,
(2), Dûment Corps Dtpl. Tom, IV. p. 11,