D'A L L E M A G N E. Liv. XXV. Sect. XL 437
du Comte de Buren, qui amenoit au camp Impérial les troupes qu’il avoir d*AI-levées dans les Pays-B as; mais ce Général aidé des Conseils de César Maggi, lemagne,sçut éviter sa rencontre, & faire faire h une armée épuisée de fatigues, une 15-V-1558.marche longue, pénible, & non interrompue, fans qu’il échappât un mur- ——mure: quoique Fennemi fut très-loin, le Comte faifoit sonner l’allarmc àchaque iuílant, & le soldat persuadé de la réalité du danger redoubloic deforces & d'ardeur pour s’en tirer.
L’Empereur fortifié par cette jonction voulut hasarder le siégé , de Neu-bourg; le Duc d’Albe représenta les dangers dune pareille entreprise, & lessuites qu’elle auroit, si elle ne réuíïìíïòit pas; tandis qu’il ch rchoit à détour-ner l’Empeveur de cette expédition, les habitans vinrent mettre aux pieds deCharles les clefs de leur ville. Cependant les armées s’étoienc rapprochées,
& déjà elles étoíent en présence sans s’en douter: un brouillard épais les ca-choit lune à Fautre; lorsque le soleil reparut, on suc un peu surpris de fetrouver dans la nécessité d’en venir aux mains; on combattit, ou plutôt oncommença un combat qu’on n’acheva point: après quelques chocs infruc-tueux, Charles donna le signa! de la retraite; les Espagnols frémirent; Buren,de dépit, jeta son casque par terre; mais il fallut obéir, & renoncer à unevictoire que le soldat jugeoit certaine, & dont Charles doutoit: il fut attaqué Mort d'Al-dans fa retraite, mais fans fruit, & dans ce choc les alliés perdirent Albert de d} ,Brunswick, qui n’ayant aucun des talents d’un Général, mais tous les défauts Bmuwck 'd’un soldat Allemand, s’étoit enivré avant de combattre. Donawerc, Dillin-gen & Liwingen tombèrent au pouvoir des Impériaux. Les alliés les sui-vaient toujours, plutôt pour les observer, que pour les combattre: ils sebornaient à de légeres escarmouches; leur ardeur s’étoit ralentie; ils avalentadopté le principe que Charles avait suivi d’abord, celui de ne hasarder au-cune action décisive: jamais cependant les circonstances ne les avoient mieuxfavorisés; les Impériaux manquaient de vivres & de fou rages ; des maladiesplus terribles que le canon leur enlevaient chaque jour un grand nombre desoldats, fléau qui eut fait dire, qu’il était visiblement un effet du courrouxcéleste, s’il eut frappé les Protestans (1).
Enfin les Généraux & les soldats étaient tellement découragés, qu’on délibéradans le Conseil de l’Ëmpereur si on ne licencierait pas son armée; si ce Mo-narque par des discours dignes de fa grandeur & de son courage, n’eut pasenflammé ces cœurs attiédis, on laiílòit les confédérés soumettre toute l’Alle-magne, fans coup férir; aussi fallut il fe borner'à tenir la campagne, à obser-ver, fans hasarder de combat, &, les deux partis resterenc pendant longcemsdans Finaction, les confédérés ne s'occupant qu’à attirer des villes à leurfaction, l’Empereur s’efforçant d’en détacher quelques chefs. Un bruit vraiou calomnieux, qui se répandit alors indisposa tous les esprits contre la Courde Rome & contre tous ceux qui avoient embrasse fa cause; un Italien avoirété arrêté en Thuringe: on prétendit, que les tartufes lui avoient arraché l’a-veu du plus exécrable des projets; le Pape lui avoir, disoic-on, fait remettrede l’argent ainsi qu’à d'autres complices: pour prix de ces largesses, ils dé-voient mettre le feu aux villes Luthériennes, & empoisonner les principaux
(1) Thmn. L, il, Skidan. L. XVIII. Hottenf. L. IV. Avìla. L. I.
Iii 3