D’ALLEMAGN E. L IV. XXV. Sect. XI. 439
l’Empereur. C’étoit acheter bien cher la haine éternelle des Protestans & mjiFinconslance amitié de Charles-Quint. La ville d’Augsbourg ne se rendit lemagne,pas plus difficile fur les conditions de fa réconciliation; celle de Strasbourg 1519-1553.suivit cet exemple. D’un autre côté, l'Empereur souffrit, que, de lavis " 1du peuple & d u clergé, & même du consentement de FArchevêque de Co-logne, la sentence lancée contre lui par le Pape fut exécutée: Herman re-nonça à F Archevêché, & quoiqu’il eut encore quelques amis, qui pouvoientformer une faction en fa faveur, il ne voulut point exposer aux désastres d’uneguerre civile un peuple qu’il aimoit. Sa retraite lui mérita Festime des Ca*tholiques, mais non celle de son successeur Adolphe de Schaumbourg,donc la haine n'épargna rien pour rendre la situation d’IIerman plus humi-liante & plus dure. Malgré tous ces revers llilecteur de Saxe, lè défendoicencore dans fes Etats, triomphoit de Maurice , & chargeoit de chaînes Al-bert de Brandebourg &de Landgrave de Leuchtemberg, que le fort des ar-mes lui avoit livrés (1).
La révolte de la Bohême inquiétoit encore plus Charles & Ferdinand. Lespeuples de ce Royaume s’étoient ligués entr’eux, & il étoit à craindre, qu’iisne s’alliasiènt avec les confédérés; en effet la négociation étoit déjà entamée;
& tandis qu’on la continuoit, les Thuringiens, profitant de la captivité duMarquis Albert de Brandebourg, entroient fur fes terres & meteoient tout àfeu & à sang. L’Eltcteur de Brandeb.ourg, irrité de voir son parent dansles fers & fes terres ravagées, renonça à la neutralité qu’il avoit gardée jus-qu’alors, & fe déclara pour l’Empereur. Le DucdeCleves, beau-frere deFElecteur de Saxe ne put voir fans allarmes la situation embaraffunte dece Prince, qui pc-rdoit tout, s’il fuccomboit, qui gagnait peu, s’il triom-phoit; il tenta de le réconcilier avec l’Empcreur; mais le fier Charles-Quintexigea que FElecteur vînt fe rendre à discrétion, & la guerre continua.L'Electeur se mit en défense, remplit fes places de garnisons, & trouva en-core affez de soldats pour faire quelques conquêtes fur i’Elbe: l'Empereurreparut alors à la tête de son armée, & quittant le système de rigueur, qu’ilavoit d’abord adopté, soumit des villes parla force de ses armes, & fe lesattacha par fa clémence; il pasia l'Elbe (2) à la vue des Saxons; ce fut dansce passage que dix Espagnols tentèrent une action hardie, qui mérite de trou-ver place dans l’histoire ; les premieres troupes qui tentèrent de traverser lefleuve furent repoussées ; elles revinrent à la charge & attaquèrent des bar-ques , d’où les Saxons foudroyaient l’armée Impériale; ceux-ci ne pouvantou n’ofant plus les défendre, les abandonnèrent au courant de l’eau: à cettevue les dix braves fe jettent à la nage tenant leurs épées entre leurs dents,& malgré le sou de l’artíllerie parviennent aux barques; quelques Saxonsles défendoient encore, ils en tuent trente - cinq, & amenent les barques sorFautre rive: conquête heureuse en ce moment, où il fallait faciliter le pas-sage de l'infanterie & de l’artillerie. L’Empereur traversa donc le fleuveavec son armée, & se rendit maître du rivage; on vit bien qu’il falloic envenir aux mains; & que cette bataille feroit le terme de la guerre, ou dumoins forcerait l’un ou Fautre parti à demander la paix.
Succès deCbirks y.
(1) Avi'a L. II. Hortleikr fjc. (a) De/cript, pugn, Mulbtrg ap. Shsrcì, Tom. II. &E.