D’A L L E M A G N E. Liv. XXV. Sect. XIII. 551
„ ne, dit-il, m’est trop chere pour vouloir la perdre; c’est, en me de- //,;?. d’Al-„ fendant, que je veux la mériter. Philipsbourg n’est pas en si mauvais„ état qu’il le pense; si’l veut envoyer quelques officiers pour visiter nos ^ 49 -i 7 ° 5 .„ fortifications, ils en jugeront par leurs yeux.” Le siégé dura quelquetemps encore, mais enfin il fallut se rendre. Dufay obtint la capitulationque méritoit sa bravoure. Le Duc de Luxembourg s’empara de íYIontbel-liard pour fermer à Charles l’entrée de la France; la saison étant avancée,
Farinée Impériale alla prendre ses quartiers dans la Suabe & dans la Fran-conie.
Le Duc de Lorraine en sortit, dès que la saison put le permettre, pour 167?.voler au secours du Prince de Saxe-Eisenach, que les François tenoientbloqué dans une ifle du Rhin. Mais il arriva trop tard : la famine avoitforcé le Prince Saxon à capituler; il avoit promis, & pour fes troupes &pour lui-même, de se retirer au fonds de l’Allemagne, & de nè plus por-ter les armes contre les François pendant cette campagne: ceux-ci s’em-parérent de Fribourg: Stettin fe rendit à l’Electeur de Brandebourg, &Christiansladt au Roi de Suede. Le Roi de France comptoir peu fur fesAlliés d’Allemagne ; il sçavoit que les liens, qui les attachoient à la mai-son d’Autriche, pouvoient se renouer aussi facilement qu’on les rompoit;le Comte Palatin de Neubourg ne justifia que trop cette défiance ; il re-tourna au parti de l’Empereur, & lui jura Finviolable amitié qu’il avoitjurée à Louis XIV; les François, pour fe venger de fa défection, ravagè-rent son duché de Juliers & y mirent tout à feu & à sang; car dans laguerre, encore plus que dans la paix, c’est toujours fur le peuple, quetombe le châtiment des fautes du Souverain. Cependant l’Electeur de Bran-debourg couroit de conquête en conquête dans la Poméranie : des escadresSuédoilès apportoient du secours à cette province ; mais la flotte combinéed# Dannemarck & de Hollande, Fempêcha d’aprocher des côtes. Tandis Négocia -qu’on fe battoit dans presque toutes les parties de l’Allemagne, on négo- tio>is àcioit à Nimegue, ou plutôt on s’y faisoit une guerre politique, moins Aunegue.meurtrière , mais non moins difficile à terminer que Fautre; le congrès étoitouvert depuis longtemps, & rien n'étoit conclu : la France avoit donnél’exclusion aux Ministres Plénipotentiaires du Duc de Lorraine; ils y fu-rent admis enfin ; mais ils n’y portèrent pas l’esprit de paix, le seul qui de-vroit animer des Ambaílàdeurs.
La maison d’Autriche étoit encore plus embarrassée du côté de FOrient. 1C78.Les Hongrois réclamoient leurs privilèges, on accrut leur servitude ; ilsenvoyoient des Ambaílàdeurs à Vienne; (1) on ne les reçut, que pourles menacer; enfin le feu de la révolte se ralluma : les Turcs la proté-geoient, & le célébré Tékéli la conduisoit : il fit des conquêtes, battitFarmée Impériale en pluÇeurs rencontres, & força enfin les Autrichiens àconclure une trêve avec iui. Tékéli avoit été soutenu par la cour de Frarr-ce, qui cherchoit à occuper FEmpereur de tous côtés à la fois : cettePuissance n'étoit pas la feule qui apportât des obstacles à la paix par sonopiniâtreté fur certains articles ; on essuyoit encore de plus grandes ciffi-
(1) Vie de Tékéli.