Buch 
40 (1778) La continuation de l'histoire de l'empire d'Allemagne, depuis la mort de l'empereur Conrad IV jusques à l'avénement de Josephe I au thrône de l'empire
Seite
561
JPEG-Download
 

DA L L E M A G N E. Liv. XXV. Sec t. XIII. §6i

tillerie des places, & quant aux biens allodiaux , elle leur donnoic tant Hijl. d'Ai-décendue, que, si l'on eut écouté ses demandes, l'Electeur n'auroit pas lemagne,conservé la dixieme partie de la succession: il objecta les loix de lAllema- ^49-1705.gne; on leur opposa celles de France: les débats furent très vifs: enfinon convint dune négociation, espece daccommodement qui resièmble as-sez à un procès, mais qui est toujours moins funeste que la guerre. Uneautre contestation portée à la Chambre Impériale, donna de nouvelles in-quiétudes; les Munstériens avoient montré dans tous les temps un caractère TietibUtsi turbulent, une disposition si prochaine à la révolte, un tel amour des Munnouveautés , quil étoit à craindre que la querelle, qui venoit de sélever Jdans leurs murs, ne fût la cause de quelque révolution: cette ville avoitses Patrices ; les Nobles, comme pour se venger de lautorité, que la Ma-gistrature donnoit sur eux aux citoyens qui en étoient revêtus, leur refusè-rent le titre de Nobles de race & darmes. La Chambre se hâta de termi-ner ce différend, qui pouvoit avoir des suites fâcheuses ; elle prononça ensaveur des Patrices: il étoit dautant plus important de maintenir la paixdans P Allemagne, quune foule de Protestants réfugiés, linondoit de tou-tes parts, & pouvoit y porter Fefprit de faction, comme elle y portoit Protestantslindustrie & les arts. (1) Louis XIV qui avoit dépeuplé ses états par tant F tfuï!ésde guerres entreprises par humeur & soutenues par vanité, les dépeuploit r en %i ena .davantage par le fatal Edit , qui révoquoit celui de Nantes. Dans les gne.batailles & dans les sieges, il n'avoit perdu que des soldats; par cette ré-volution il perdoit des artisans, des laboureurs, des négocians. Ceux quiétoient morts pour son service aux champs dhonneur, étoient inutiles àses ennemis, & servoient encore la France après leur mort, par lexempleglorieux quils laifiòient à leurs compagnons ; mais les réfugiés étoienten même temps une perte pour la couronne, une acquisition pour fes en-nemis ; ils porterent en Allemagne, leurs richeíïcs, quon n'avoit pu leurenlever, pareeque leur génie en étoit la source, & cette soif de vengean-ce qui anime les persécutés; la prospérité des manufactures, qui avoit coû- tant de veilles & de travaux à Colbert, fut détruite en un jour ; & lE-tat, qui avoit tant de fois vu renaître les ressources de ses finances, par lecommerce, après les avoir épuisées par la guerre, sôta tout espoir de lervoir renaître un jour: ces infortunés furent accueillis dans toutes les villesProtestantes dAilemagne; on leur donna des'habitations, des secours, < 5 cdes moyens dexercer leur industrie.

Ces bannis avoient presque tous des mœurs austères, ce goût du travailque donne la nécessité, ce caractère mélancolique, effet de linfortune, &cet enthousiasme quinspire la Religion ; leur malheur les rendoit intéres-sons, leurs talens les rendoient utiles, leur refsontiment les rendoit dange-reux: dans toutes les villes, ils inspirèrent au peuple, contre Louis XIV,une haine qui rejaillit fur toute la nation Françoise. On détesta leurs com- i(i$,patriotes qui les pleuraient, comme le Monarque qui les persécutoit. LesPrinces, voyant les esprits bien disposés à soutenir une guerre contre laFrance, ne chercherent plus quune occasion de la déclarer; on la trouva

(1) Hist. de Leuis XIV.

Tome XL.

Bbbb