336 II I S T O IRE D E L’ E M P I R E
Skct. „ Vûíis avez brisé lé plus bel ornement de votre palais; pensez-vous qu’ilRussie^ en devienne plus beau? ” Ce peu de mots calma la fureur du Czar ; maissous pje rr c" taut ce que Catherine put obtenir, fut que la favorite ne recevroic que cinqle Grand, coups de knout, au lieu de onze. 11 lui laisià toujours (ignominie du fup-
•—-’plice, & (horreur d’être couverte du sang de son frere. Depuis cet instant
fatal, Pierre ne connut plus le bonheur, ni le repos: cependant il ne perditrien de son activité:,:.malgré les douleurs aiguës d’une maladie cruelle, quile dévoroit. On prétend que cette maladie étoit la même qui avoit mis autombeau le restaurateur des arts & des lettres en France; il est certain quePierre, en sortant de ces orgies, qu’on voudroit pouvoir retrancher de l’hif-toire de ce grand homme, s’abandonnoit à fes passions avec autant de témé-rité que d indécence, .& qu’alors il ne prenoit aucun foin ni de fil santé niSti mo>t. de fa grandeur. A cette maladie, se joignirent & la goutte & d’autres infir-ma 5 . mités causées par (excès des fatigues, par les injures de Pair qu’il avoit sup-portées, comme le dernier .soldat. II vit bientôt la mort s’approcher & lavit d’un œil philosophique, fans faste & fans foiblestè, regrettant seulementde laitier encore quelque ehofe à faire à fes fucceíîèurs. On l’avoit accuséd’avoir empoisonné son fils; on accusa Catherine de lavoir empoisonné lui-même, parce que le peuple ne veut point admettre d’événemens naturels ,lorfqu’il s’agit de la mort d’un Prince ou d’un grand homme. Pendant lesderniers jours de fa maladie, un délire presque continuel égara fa raison.Dans un moment de calme il voulut écrire ; mais fa main étoit si tremblantequ’on ne put lire que ces mots rendez tout à. ..U fit appeller Anne Petrowna:mais lorfqu’elle parut,, il avoit perdu la parole ; son agonie commençoit ; elledura seize heures, après lesquelles il expira entre les bras de Catherine le28 Janvier 1725,
Telle fut la fin de Phomme le plus étonnant, qui ait jamais occupé untrône. Né au milieu de la barbarie, son éducation fut son ouvrage; son gé-nie lui fit deviner qu’il existoit des arts & des sciences, avant même qu’il eneût vu des chefs-d’œuvres & des exemples. Un sentiment profond de justice(sentiment qui malheureusement dégénéra quelquefois en férocité) lui fitconnoître, que la nobleílè n’est qu’un vain mot, & que pour avoir le droitde commandervaux hommes, il faut leur être supérieur; il sentit que nulhomme, ne recevant la science infuse, il falloir commencer par le dernierdégre pour arriver au premier. D’après ce principe il fut tambouf dans unecompagnie d infanterie, mousse fur un vaiílèau, ouvrier dans un chantier. Riend’utile aux hommes ne lui fembloit indigne d’un Prince, II reçut des leçonspour fe rendre capable d’en donner; il obéit, pour devenir digne de com-mander; il avoit à combattre l’ignorance, la superstition, tous les préjugés kla fois ; il triompha de tout. Des hordes de brigands devinrent des arméesdisciplinées ; des flottes redoutables sortirent de ces ports, où l’on n’avoit vuque des barques de pécheurs, «St revinrent victorieuses. Un peuple méprisépendant tant de fiecles fit la loi dans le nord de l’Europe & dans l’Afie. Uneville superbe s’éleva du sein des mers. Le despotisme patriarchal fut aboli ;jes arts entèrent leurs chefs - d’œuvres dans (antique séjour de la bar-barie & de la mifere. Un temple élevé aux sciences «St aux lettres s’élevad?.ys la patrie de (ignorance, La Russie eut uqe police, des moeurs, d es
loix ,
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