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HISTOIRE DE HOLLANDE
Sect. X.Hist. deHollande.
ficiers , on s’embarrassoic peu de sçavoir si le soldat recevoic le prix deson sang.
D’ailleurs la flotte qu’on attendoit des Indes, avoit été retardée par les1 ,^°* tempêtes & les maladies, & les Anglois s’étoient emparés de Fernambouc,d’où ils avoient rapporté d’immenses richcflès. Ainsi les Espagnols, maî-tres de tant de trésors se trouvòient dans l’indigence , tandis qu’un petitpeuple trouvoic dans son indutìrie une opulence inépuisable. 11 y avoitmême, parmi les Confédérés-, des citoyens assez riches pour exciter lajalousie des autres ; si daiís les Républiques la vertu n’est pas à l’abri del’envie, loriqu’elle n’a pas soin de lè -cacher, te luxe & les richessesoffensent bien plus encore, les yeux de ceux que la somme a moins fa-vorisés. Arnold Dorp, qui avoic défendu autrefois une petite ville, con-tre toutes les forces de l’Efpagne, & qui depuis, par les charmes de son-esprit, avoit sçn mériter la constance du feu Prince d’Orange , avoit étésurnommé le riche ; surnom dangereux , lors même qu’il est fans réali-té, car on prétend qu’à la mort du Prince d'Orange, Arnold ne jouií-soit que d’une fortune médiocre. On avoic envoyé en Dannemarck un• Ambassadeur, qui à son retour sic parc à Arnold d’un Traité secret concluavec le Roi de Dannemarck. Peu de temps après l'Archiduc envoya
Soupçons
contre
Dorp.
auflì une A m ballade, a u iilême Monarque, & en lui reprochant son
al-
liance: avec des rebelles, il le pria de leur fermer le passage du Sund &d’interrompre leur navigation dans toutes les mers Septentrionales. Oncrut que Dorp avoit instruit l’Archiduc de cette alliance scerette ; lesenvieux aigrirent encore ces soupçons. On entra chez lui, on visita sespapiers, & l’on y trouva un projet de lettre, par laquelle il invitoiele Prince Autrichien à se rendre à la Haye sous un habit déguisé. 11le flattoit de l’espoir de faire bientôt par sa présence renaître le courage:de ceux qui tenoient encore pour le parti Espagnol, qui n’actendoiencpour se déclarer ouvertement qu’une occasion favorable. Cette lettrecontenoit en outre le détail des ressorts secrets que Dorp vouloic fairejouer pour mettre dans les intérêts de l’Archiduc cette partie du peu-ple que son indigence rend toujours avide de révolutions, parce quen’ayant rien à perdre , elle volt toujours dans un changement d’état laperspective flatteuse d’un meilleur sort. Ces indices étoient trop sortspour que les soupçons qu’on avoit conçus contre Dorp ne se conver-tiflent point en conviction. La maniéré foible & mal -adroite donc il sedéfendent, concouroit encore h le faire juger coupable. On le condui-sit en prison. Mai-s on le vit bientôt en sortir, & jouir de la même11 triomphe considération parmi ses concitoyens ; soit qu’il eût trouvé le moyen dede Jes tic - corrompre ses juges, soit que plusieurs d’entr’eux se sentant comme luiti/fateurs. CÓU p a bles d’avoir entretenu des intelligences avec les oppresseurs de lapatrie, craignissent, en le punissant, de donner un exemple de ri-gueur qui pouvoit un jour leur être fatal à eux-mêmes. II n’est pasraro de voir dans les Aristo-Démocraties de grands criminels se soustrais,à îa vengeance des loix, & l’histoire des Républiques contient peut-ême plusd’Arrêts de proscription-contre les vrais citoyens, que contre les traîtres quiavoient vendu ou trahi les intérêts de leur patrie.