OU DES PROVINCES UNIES, Liv. XXXIII. Sect. X. 151
richesses, pour laquelle ou arma onze vaiílèaux. Mais bientôt lafortune parut changer. Une flotte marchande tomba aux mains desEspagnols. Ils abusèrent de la victoire. Les -vaincus furent précipités,ou dans les flots ou dans les flammes , ou expirèrent fur d’infames gi-bets. Ce peuple ne fe faiibit aucun scrupule dc cette infraction du droitdes gens. Devenu féroce par principe de Religion , il fuivoit cette ma-xime du Légat Julien Cefarini , qu’on ne doit garder aucunes Loíx ,aucun Traité avec les hérétiques ou les infidèles. Guillaume Hautainpartit avec vingt-quatre vaiílèaux , pour venger la mort de ces malheu-reux , & attaquer la flotte Espagnole destinée pour les Indes Occidenta-les. Mais deux vaisseaux ayant tenté sabordage, furent la proie desflammes; elles fe communiquèrent à la flotte Espagnole & consumèrenttrois autres vaisseaux. Les deux partis fe séparèrent, & Hautain, qui avoiteu le bonheur d’échapper k l’incendie, regagna les ports de Hollande, oùl'on s’étoit flatté de ne le voir rentrer que couvert de gloire, & chargéde dépouilles.
La guerre de mer est celle où il est le plus facile au Général derejetter fes fautes fur la fortune ; & rarement il est aisé de décider, flc'est elle ou l’Amiral qui a eu tort. Hautain fe justifia. Quatre vais-seaux brûlés dans la flotte Espagnole, attestoient du moins qu’il avoitété moins malheureux que les ennemis. On lui confia une nouvellearmée de vingt - quatre vaiílèaux. Mais lix furent d'abord dispersés parles vents, &, pour comble de malheur, le reste de la flotte , fatigué& presque désemparé par la tourmente , se trouva enveloppé par lesEspagnols vers les côtes de fille de St. Vincent. L’énormité des gal-bons effraya tellement les Hollandois , qu’ils firent une retraite préci-pitée , comme les Romains h l’afpect des Eléphans. Mais ReinierKîaaszoon , Çfils de Nicolas') Amiral de Zélande, effaça par un nobledésespoir la tache qu’avoit imprimée au Pavillon des Provinces-Unies,la fuite des autres vaisseaux. Cet intrépide Chef, entouré d’ennemis,abandonné par fes compagnons, menacé à chaque instant par ces mas-ses pesantes, dont le choc auífi redoutable que leur artillerie auroitpu l’écraser, soutint un combat qui dura deux jours entiers. Enfinvoyant fes mâts renversés, fes manœuvres hachées , son vaifléau per-cé & faisant eau de toutes parts, presque tout son équipage ou mortou mourant ; il s’aáresse k soixante matelots, qui lui relìoient, & lesanime à s’affranchir du joug Espagnol par une mort volontaire. Tousces braves préférèrent le trépas à des fers, & ce qu’il y a d’étoa-nant, c’est qu’avant d’expirer , ils fe jettérent k genoux, & deman-dèrent pardon à l’Etre suprême, comme si c’étoit un crime de mourirpour la patrie. Us ignoroient íhns doute cette sublime épitaphe in-scrite au passage des Thermopiles: ,, Passant, va t’en dire k Sparte,,> stue nous sommes morts ici pour obéir k fes saintes loix.” Klaas-zoon fe releva tranquillement , mit le feu aux poudres & fauta endair avec son vaisseau & son équipage. On fçut tous ces détails pardeux matelots, que les Espagnols recueillirent à demi - brûlés. Ceux-
Hist. âe
Hollande.
1593-1648.
Ano. 1606.
Noble dés-espoir ded AmiraldeZélande.