OU DES PROVINCES' UNIES, Liv. XXXIII. Sect. X. 153
ment défaits dans leurs propres parages, par un ennemi qu’ils avoient mé-prisé. L’Etat fit les frais de la pompe funebre de l’Amiral victorieux & dusuperbe mausolée qu’011 lui éleva dans la vieille Eglise d’Amsterdam.11 est étonnant, qu’avant cette époque des Républicains n’euísent pointencore songé à honorer ainsi la mémoire des braves, dont le sang avoircimenté le grand édifice de la liberté, sans être celui d’un Prince ou dequelqu’un de la Noblesse, souvent moins respectables par leur propre mérite,que,par celui de leurs ancêtres, dont ils dégénèrent.
L’eflét de tant de succès fur mer, & d’une si longue résistance furterre fut une trêve avec les Archiducs d’Aucriche, moins importante parelle-même & par la tranquillité qu’elle procuroit aux Etats du côté de l’Al-lemagne, que parcc.que les Archiducs trarroient avec eux comme avecune Puiílànce libre & indépendante : on espéroit même que le Roi d’Espa-gne, fatigué de la guerre, ratifieroit cette suspension d’armes. Le GrandPensionnaire d’Oldenbarnevelt & les Magistrats que son éloquence avoicgagués, regardoient la .paix comme le bien le plus nécefiâire à un peupledont,les vues fe tournoient vers le commerce. Maurice de son côté, pré-veyoit que la fin de la guerre seroit celle de son régné, •& qu'il ne seroitplus qu’un citoyen respectable, par sa naistànce & par le souvenir de sesanciens services. II condamnoit hautement toute espece de traité avec l’Espa-gne, allarmoit . le peuple sur les piégés qu’on pouvoit tendre à fa libertédans les négociations, excitoic.les Ecclésiastiques à ne pas souffrir une.paix,qui .pouvoit r’ouvrir : aux partisans de Rome l’entrée de la Belgique. Tousdeux s’accusoient réciproquement d’afpirer au pouvoir suprême. On >aprétendu que Maurice s'étoit emporté en public jusqu’à lever la mainsur le Grand Pensionnaire. Mais *ce Prince n’étoit pas assez aveugledans fa . haine pour oublier ainsi les bienséances ( i ). Ee parti d’Ol-denbarnevelt l’emporta, & l'on préféra l’el’poir d’une paix honorable, àla'-triste perspective d’une éternelle guerre, où le sang avoir été prodiguésans fruit, surtout depuis qúelques années. On vit arriver les Ambassadeursd’Espagne: Spinola. étoit. à leur tête; il fut reçu par Maurice, & tousdeux fe donnerent ces témoignages d’estirae qu’-un homme de génie accordetoujours en public & même en secret à son égal. Maurice & Spinolaétoient alors les deux plus habiles guerriers de l’Europe. 11 étoit beau devoir solive de la paix dans des mains qui avoient lancé les foudres de la guer-re. C’est ainsi qu’on vit depuis Villars & Eugene terminer une guerre , qu’ilsavoient conduite avec tant de gloire. La premiere démarche de l’Ambas-íade Espagnole fut de reconnoître les Provinces-unies, comme Puiílàncelibre & indépendante. Cet article étoit le plus important; cependant il■n’essuya aucune difficulté de la part de - l’Espagne » qui n’attendit point qu’onle proposât pour le ratifier; mais on disputa sur la liberté de Conscience,sur celle du Commerce des Indes, fur celle de la Navigation d’Anvers;les Hollandois voyant les Espagnols obstinés à leur fermer la route desIrdas, & à s’ouvrir à .eux-mêmes celle d’Anvers, rompirent brusquementles négociations; conduite qui montroit plus de fierté .que de prudence.
CO du Mauricr.
Tome XLIF >
slîfl. âe
Hollande.
Í593-164S.
Trêveavec laMaisond'Autri-ch*.
Ann. 1608.
Les Etatsfont recon-nus commePuissancelibre ô?indépen-dante .
V