D’ANGLETERRE, Liv. XXXIV. 5V
Britanniques, & par une piété mal-entendue va rendre lâchement hom- Hist. d’An-mage en Italie au Souverain Pontife , déclare son Royaume tributaire gleterre.du Sc. Siégé, & lui accorde sur ses peuples des impôts excessifs ; dons dntrod -funestes pour l’Angleterre & pour Rome elle-même, qui ne prévoie pasalors que ces impôts soulèveront un jour la Nation Angloise, & la sous-trairont pour jamais à l’autorité du St. Siège. L’aucre, doux, vertueux,éclairé, mais trop foible pour arrêter les désordres, a la douleur, enmourant, de laiílêr ses Etats déchirés par les factieux & prefqu’enciere-ment envahis par les Danois.
Heureusement pour l’Angleterre, Alfred ne tarda pas à monter iur letrône. Ce Prince,qui mérite d’être à jamais cité comme un des plus grandsMonarques, eut bientôc mis fin à ces fléaux & délivré ses peuples deleurs avares oppreflèurs. Mais peu content d’avoir forcé les Danois àfe retirer au-delà des mers, il se livre tout entier aux soins du gouver-nement , réprime les abus qu’une trop longue anarchie avoit introduits,donne une législation aussi douce que sage, & veille lui-même à l’exécu-tion de ses loix. Pere , ami , bienfaiteur de son peuple, c’eit à luique les Anglois sont redevables de l’incstimable avantage de n’être jugésque par leurs Pairs; c’eít lui qui le premier les instruisit dans l’art de laNavigation, & fit fleurir chez eux les Sciences & les Belles-Lettres.
Edouard l'anàen, son successeur, érige en Université l’école de Cam-bridge, & s’immortalise par cet établissement, plus encore que parl’éclatde ses victoires.
Depuis la mort de ce sage Prince, jusqu’à l’usurpation de Guillaumele Conquérant, on ne voie plus regner fur l’Angleterre que des tyranslâches, Icélérats ou superstitieux. On n’apperçoit plus dans ce Royaume,que des factions & des orages; une fuite de Rois méchans ou malheu-reux , les uns trempant leurs mains dans le sang de leurs proches auplus léger soupçon, les autres immolés par la mb ici on des Princes oudes grands, qui veulent leur ravir le sceptre; enfin l’usurpateur Uaroldprécipité du trône par un usurpateur pius heureux.
Loin de donner à Guillaume le Conquérant la gloire d avoir fondél’Angleterre , nous verrons en son lieu qu’il en eut été le destructeur,fi la constitution de ce gouvernement eût pu être anéantie. Nous leverrons exercer un despotisme plus cruel mille fois que ceux de l'Drieur,plus absolu que ceux de l’Aíie; nous le verrons enchaîner ia Nation,substituer aux loix anciennes ses volontés momentanées, ses ordres arbi-traires; couvrir du voile de la modération fa cruauté naturelle, soninjustice, son excessive avidité ; ravir aux citoyens, leurs charges, leursdomaines, pour les distribuer aux Normands; en un mot, nous le ver-rons dans tout le cours de fa vie regner par la crainte, & mourirpeu regretté de fa famille; haï de tous les Souverains de l'Europe, &détesté de les sujets, dont il eût pu facilement se faire aimer.
La situation des Anglois ne devient pas plus heureuse sous GuillaumeU Roux , son fils & son successeur. Ce Prince cruel, vindicatif &d’une avidité insatiable, lâche dans i’infortune, insolent dans la prospé-rité , porte sur le trône les vices de son pere, fans avoir aucun de ses