Section
V.
Le régné/iTAlp Ar-flan //.SultanSeljuciJede /’lran.
Triste sortde l'Empe-reur,
Conquêtede laGéorgie.
Siégé fa-meux.
94 HISTOIRE GENERALE DES TURCS. Liv. II. Ciiap. II.
l’Empereur partit, il le fit escorter jusqu’à ce qu’il fût en lieu de sûreté,& l’accompagna l’espace d’une lieue.
Quand Romain arriva au château de Daivkiya (*), & qu’il apprit queMichel Ducas étoit monté sur le Trône, il prit un habit de Moine, &dépêcha un Courier pour informer le nouvel Empereur du I rai té qu’ilavoit fait avec le Sultan. Ayant ensuite ramassé deux-cens-milìe écusd’or, il les envoya au Sultan (f), avec protestation solemnelle qu’il luiétoit impossible de faire davantage. Ebn Ami d dit, que comme il re-tournoit à Constantinople, le Roi d’Arménie le fit arrêter, & que luiayant fait crever les yeux (j), il en donna avis au Sultan («); mais cettecirconstance est contredite par le récit des Historiens Grecs que nousavons rapporté ailleurs (b).
Suivant le Lebtarikb, AIp Arflan , après cette grande victoire, marcha àla conquête du Gurjestan ou Géorgie,- & après savoir soumise, il ôta laliberté à tous les grands Seigneurs du Pays, & les obligea de porter desbagues de fer à leurs oreilles pour marque de leur esclavage (§) ; ce quifut cause que plusieurs, pour s’assranchir de cette ignominie, fe firentMahométans. Cependant le Sultan ne put réduire 11 parfaitement cePays, qu’il ne restât beaucoup de lieux forts dans les montagnes, qui dé-mandoient beaucoup de tems pour les forcer, desorte que le Sultan, quiavoit des affaires qui l’appelloient ailleurs, laissa Malek Shah, son fils,pour continuer la guerre, qui s’attacha à ce qu’il y avoit de plus fort dansle Mont Caucase, pour achever la conquête de son pere.
Le plus fameux siégé que ce Prince entreprit, fut celui d’un lieu ap-pellé en Persan Mïriam Nishin, le Lieu ou la Demeure de Marie, à caused’un Monastère & d’une Eglise dédiée à la Vierge Marie, qui étoit danscette place, située au milieu d’un lac. Malek Shah la fit attaquer parl’élite de ses troupes, qu’il mit fur des batteaux garnis d’échelles & degrappins pour donner l’assaut. Mais dans le tems qu’ils alloient exécutercette entreprise, il s’éleva tout d’un coup une tempête íì furieuse sur lelac, & le Ciel s’obscurcit à un tel point, qu’on fut obligé de demeurerdans l’inaction. Cet orage fut suivi d’un tremblement de terre si violent,que les assiégeans &. les assiégés, les Turcs & les Chrétiens, crurent qu’ilsalloient être engloutis tout vifs ; cependant les derniers furent les plusmaltraités, car une partie de leurs murailles étant tombée dans le lac,
(«) Abulfed . p. 227 & seqq. (à) Hist. Univ. T. XI. p. 517, 518.
U) Nicéphore Bryenne le nomme Dokia ; il étoit dans l’Arménie Mineure, vraisem-blablement sur les Confins de la Cilicie.
(t) Et suivant Ebn Ami l une pierre précieuse , qui valoit quatre-vingt-dix-mille écus.C’étoit peut être cette belle perle qu’on appelioit l 'Orpheline, qu’on avoit trouvée dansia tente de l’Empereur,' quand il fut pris.
( 1 ) Les Grecs & les Asiatiques n’arrachoient pas proprement les yeux , comme quel-ques-uns se le sont imaginé, maison y palToit un fer rouge: coutume qui est encoreçn usage dans l’Asie.
(§) suivant le Lebtarikb au lieu de bagues de fer , qui étoient auparavant la marquedé í’Esclavage, il les obligea de porter un fer de cheval aux oreilles.