188 HISTOIRE GENERALE DES TURCS. Liv. II. Chap. IV.
Section la Cavalerie des Turcs (*) étoit excellente, qu’ils s’étoient emparés deVI. Pays inaccessibles, & que la maladie contagieuse s’étoit déja répandue^ r fS ne dans Tarmée Romaine. Mais Manuel , se laissant conduire par ses proches,slan II 4 UI u'avoient jamais va la gturre, renvoya les Ambassadeurs fans leur rien
Su’itandc promettre. Le Sultan lui ayant demandé une seconde fois la paix, reçut
Roinn. pour toute réponse, qu il iaiisseroit á ses demandes lorsqu’il seroic arrivé
-- à Cogni. Alors ce Prince dressa upe embuscade dans le Pas de Sybrize,
par où les Romains dévoient passer en sortant de Myriocéphale.
Passage C’eft.une longue vallée, bordée d’un côté par de hautes montagnes,âange- ck de sauJ’e pal de profonds précipices. L’Empereur, au lieu de prendre
reux. ] es de vans avec des troupes armées à Ja légere, pour ouvrir le passage,
partagea son armee en six corps, & marcha après le bagage à la tète ducinquième, qui étoit composé de la fleur de son armée. Les deux pre-mier Corps passerent les endroits les plus dangereux fans aucune perte,parcequ’ils se couvrirent de leurs boucliers, & qu’ils repousseront vaillam-ment les ennemis, qui les avoient attaqués du haut des rochers ; mais fau-te de prendre ces précautions, l’aile droite fut rompue & taillée en pie-ces, avec j Baudouin beaufrere de f Empereur, qui la commandoit. LesTurcs enflés de ce succès bouchèrent entierement le passage, desorte queles Romains ne pouvoient plus ni avancer ni reculer, les hommes & leschevaux furent percés en un moment d’une infinité de traits, la campa-gne fut couverte de corps morts, & les vallées inondées de sang.
Lea Ro- Les Turcs firent de grands efforts pour défaire les troupes qui étoientmains font autour de l’Empereur, qui essaya plusieurs fois de les repousser & de s’ou-défaits, vrir un passage; mais n’en ayant pu venir à bout, il se jetta presque seulau milieu des ennemis, & se sauva heureusement après avoir reçu plu-sieurs coups ; il y eut environ trente fléchés qui demeurèrent attachéesà son bouclier, & son casque fut à demi abbattu. Cependant ses soldatsfurent tués en foule, & ceux qui échappèrent de ce mauvais paspérirent dans la vallée. Tout le défilé consistoit en sept vallons, entre-lassés les uns dans les autres, dont l’entrée étoit médiocrement large &l’issue fort étroite. De plus un vent impétueux ayant élevé comme unenuée de fable, les deux partis combattirent quelque tems dans les ténè-bres , chacun tuant indifféremment ses amis & ses ennemis. 11 périt ce-pendant un bien plus grand nombre de Romains que de Turcs, & princi-palement des parens de l’Empereur.
Loríque ce furieux tourbillon fut passé, & que l’obscurité fut dissipée,on vit des hommes enterrés jusqu’à Ja ceinture avec des corps morts, quitendoient les mains & demandoìent du secours avec des cris lamenta-bles fans en pouvoir obtenir de la part de gens qui étoient en tropgrand danger eux-mêmes pour assister les autres.pêïiiofi se L’Empereur étoit seul, sans Ecuyer & fans Gardes, qui se reposoit à,trouve l’om-
(*) Quelques lignes plus haut l’Historien les nomme Perses , ce qui fait voir qu’il par-le des mêmes fous deux noms différens, & qu’il ne fe sert de celui d s Perses, que par»ce qu’íls venoient originairement de Perse.